Champion androgyne, combattante et danseuse. Portrait flou de Suzanne Lenglen (1913-1923)

Numéro 8 | Sport et Genre

pp. 63-82

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Philippe Tétart

Maître de conférences - UFR APS Université du Maine - Laboratoire VIP&S - EA 4636
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Ah ! Suzanne, Suzanne y'en a qu’pour toi

Ah Suzanne, Suzanne partout on t’voit

Ce n’est plus d’l’amour !

C’est d’la passion !

 

"Ah Suzanne", chanson d’Albert Willemetz.
Créée par Saint-Granier au Casino de Paris en 1926.

 

Résumé

La présence médiatique des sportives, à partir de la Belle Epoque, permet d’étudier leurs représentations et de s’interroger sur l’histoire du genre et des femmes. Partant de la lecture d’un large corpus de journaux quotidiens et périodiques, cet article étudie la façon dont Suzanne Lenglen est représentée entre 1913 et 1923. L’interrogation est centrée autour de la difficulté éprouvée par les journalistes à la légitimer dans un statut d’héroïne sportive, de championne qui lui est dévolu par un incessant jeu de circonvolutions verbales. A l’heure où la compétition féminine fait encore ses gammes, l’héroïsme sportif se conjugue en effet presque exclusivement au masculin, à l’aune des valeurs, des responsabilités qu’on y associe à la masculinité. C’est ainsi que Suzanne Lenglen ne commence à être reconnue en tant que championne qu’à partir du milieu des années 1920 seulement. Jusque-là, observateurs et commentateurs rivalisent d’imagination pour éviter de recourir à la féminisation du mot champion. Ils soulignent ainsi le tropisme masculin autour duquel s’articulent la culture et les représentations sportives. La célébration de Suzanne Lenglen est cependant rendue inévitable par la qualité de son palmarès. La presse prend alors des chemins de traverse. Elle l’installe dans un statut hybride invitant à parler de confusion des genres, d’androgynie, d’idéal de la vierge au combat et de la sportive ambassadrice, euphémisation par les figures de la diva et de la danseuse ; bref, de tout un arsenal permettant d’éviter d’en faire, stricto sensu et à l’égal des champions, une championne.

Mots clés : 

Champion androgyne, combattante et danseuse
Portrait flou de Suzanne Lenglen (1913-1923)[1]

Loin de la surexposition médiatique du tennis contemporain, celui de la Belle Epoque ne s’offre pas aux yeux du plus grand nombre. Il se joue alors derrière deux barrières. La première est sociale : ceux qui s’y adonnent appartiennent aux milieux les plus aisées ; le tennis participe pour eux d’un usage culturel distinctif. La seconde, physique, incarne et renforce à la fois ce principe de distinction imprégné d’esprit mondain : à de rares exceptions, on échange des balles dans des espaces clôturés, inaccessibles, invisibles ; qu’elles jouent sur un mode récréatif ou avec de visées compétitives, les sociabilités tennistiques se réunissent en effet dans les jardins des hôtels de luxe, dans les parcs des villégiatures estivales, derrière les haies qui ceignent les clubs. En somme, aux antipodes d’un cyclisme, d’un automobilisme voire d’une natation s’offrant déjà au cœur de l’espace public à de véritables foules, le tennis n’est en aucune façon d’essence populaire. Il n’y a pas d’homologie du spectacle sportif à l’aube du XXe siècle. On ne saurait donc confondre les spectateurs triés sur le volet des tournois azuréens (ces derniers sont créés à la fin des années 1880) et le flot des centaines de milliers de curieux et de flâneurs urbains assistant, à partir de 1905, à la traversée de Paris à la nage.

Dès ces années le tennis n’en creuse pas moins son premier sillon dans les rubriques sportives. Cette nouveauté est le fait de journalistes eux-mêmes issus des élites amatrices de tennis. Au demeurant, en 1913-1914, le tennis ne représente qu’un petit pourcent des informations sportives délivrées par les quotidiens nationaux. Dans la mesure où 5 à 6% de la surface des journaux sont consacrés aux rubriques sportives, on mesure la très grande timidité de son émergence médiatique. Timidité et lenteur : en 1921, le tennis n’occupe encore que 2% des rubriques spécialisées des quotidiens. Si cette surface médiatique ne lui assure pas une forte promotion, elle n’en permet pas moins à des lecteurs dont le nombre ne cesse de grandir (la diffusion des quotidiens est supérieure à 9 million en 1912) de faire connaissance avec ses acteurs et ses actrices. Notons en outre que les amateurs peuvent suivre l’actualité tennistique en lisant la presse sportive quotidienne (L’Auto) et périodique (La Vie au Grand Air à Paris et des dizaines de titres spécialisés en province à l’instar de La Vie sportive du Nord, La Côte d’Azur sportive, L’Ouest Sportif). Enfin, à partir du printemps 1910, ils ont le loisir de feuilleter Tennis & Golf, un hebdomadaire fondé Marcel Daninos, avocat devenu, par passion, publiciste sportif.

Quoique naissante et quasi infinitésimale, cette présence médiatique permet d’étudier les représentations du tennis et celle de ses premiers champions. Partant de la lecture de la presse, généraliste et politique en particulier – car elle s’offre au plus grand nombre[2] (Tétart, 2013 ; Tétart, à paraître en 2014) –, nous observerons les représentations de Suzanne Lenglen[3]. Nous ne ferons pas un portrait médiatique de toute sa carrière (Clerici, 1984 ; Trehou, 2002 ;Veray 2003). Nous questionnerons uniquement son héroïsation. Plus précisément et en croisant histoire du sport et histoire du genre, nous analyserons les voies d’un grandissement au cours duquel la jeune fille, avant de devenir une championne, est désignée comme un champion. Champion car, tandis que le sport féminin fait encore ses gammes, l’héroïsme sportif se conjugue presque exclusivement au masculin et à l’aune des valeurs, des responsabilités qu’on y associe. Pour mener cette étude, nous traverserons deux séquences : 1913-1914 et 1919-1923. La première correspond au début de sa carrière. Les journalistes posent alors le socle d’une représentation refoulant la féminité sportive. La seconde, dans une sortie de guerre étendue, vient buter sur 1923. A cette date en effet, les journalistes adoptent majoritairement le mot championne pour qualifier la joueuse. Ils mettent ainsi fin à une décennie de circonvolutions verbales témoignant de leur difficulté à reconnaître la possibilité d’un héroïsme sportif proprement féminin.

1. Premières victoires d’un prodige (1912-1914)

Si Suzanne Lenglen fait ses premiers pas en tournoi à Dieppe, au printemps 1911, son nom n’apparaît dans la presse qu’un an plus tard, en août 1912, lorsque L’Aéro couvre son premier tournoi senior à Compiègne – où les Lenglen possèdent un castel. A treize ans, elle y bat la comtesse d’Esclaibes en quarts de finale avant d’être vaincue, en demi-finale, par mademoiselle Molhey[4]. Au printemps suivant, dans une chronique sur le tournoi international du New-Lawn-Tennis-Club de Lille, Georges Disley, rédacteur de La Vie sportive du Nord, note la "révélation d’une toute jeune joueuse compiégnoise qui, à peine âgée de quatorze ans, possède déjà un jeu extrêmement complet[5]". Au même moment, son nom apparaît dans L’Auto. Mais les résultats de tennis y sont très sommaires. Suzanne Lenglen n’y est donc ni croquée ni célébrée pour sa précocité. Enfin, à l’exception de La Presse – le plus sportif des quotidiens parisiens avant-guerre – qui évoque sa victoire dans le double féminin du tournoi de Paris-Plage en septembre 1913[6], les quotidiens nationaux ne relèvent ni son nom ni son talent avant 1914.

En 1914, la carrière de Suzanne Lenglen prend un tour justifiant sa première véritable exposition médiatique. En janvier, elle devient championne de Nice, ville dans laquelle la famille a ses habitudes hivernales. En mars, elle s’illustre lors des championnats de France : si elle échoue dans la conquête du titre en simple, elle remporte le double avec Max Decugis. Marcel Daninos la présente alors comme une "jeune joueuse française de grand avenir[7]". Le 8 juin 1914 enfin, elle devient championne du monde. Ce succès à très forte charge symbolique lui confère aussitôt un statut d’exception que son jeune âge, puis d’autres victoires, au Carlton de Nice notamment, renforcent, justifiant l’éloge d’une si "jeune prodige" déjà couverte de "gloire[8]" et qui vient de "sauter dans la notoriété[9]".

En 1914, Suzanne Lenglen n’est pas encore vedettarisée. Au sens propre, elle ne le sera qu’au milieu des années 1920. Mais son iconisation n’en est pas moins engagée, orchestrée par un récit de presse suggérant la difficulté, pour les journalistes, non pas de reconnaître ou de célébrer son si juvénile héroïsme sportif féminin, mais de le nommer.

2. Champion ou championne ? Le tropisme de la masculinisation (1913-1914)

Le 1er juillet 1914, Fémina présente Suzanne Lenglen à ses lectrices. Un montage photographique de une la montre dans différentes situations : en train de serrer la main de Marguerite Brodequis[10], raquette en main, en danseuse, en golfeuse, en cycliste, en cavalière, perchée sur des échasses, s’exerçant au canotage. Apanage habituel des hommes, cette polyvalence sportive souligne d’emblée sa singularité, son atypie. Et on ne s’étonne guère de la voir mise en valeur dans un périodique féminin…

Suivant une dialectique voisine, La Vie au Grand Air la peint en "prodige"[11]. Pour mieux la distinguer de ses rivales – les sœurs Blanche et Suzanne Amblard ou Marguerite Brodequis –, le bimensuel amoindrit leurs qualités et valorise les siennes, "extraordinaires"[12].

Dans Tennis & Golf enfin, Marcel Daninos, conquis, oppose le geste certes "athénien" de Marguerite Brodequis, mais "ses rares étincelles[13]", au jeu plein de promesse de Suzanne Lenglen. Même si, écrit-il, "la prodigieuse jeune première" a abdiqué face à son aînée en finale des championnats de France, elle a apporté "les joies tennistiques les plus pures et les victoires les plus sensationnelles[14]".

Suzanne Lenglen est donc précoce, insolite, brillante ; et d’emblée sa célébration emprunte les voies habituelles de l’héroïsation. D’abord celle de la performance, socle de l’héroïsme : elle est championne du monde. Puis celle de la combativité : elle est pleine "d’énergie, de sang froid et de volonté de vaincre" lit-on dans Le Matin[15]. Enfin celle d’une inventivité l’assimilant au génie : elle est unique et son jeu déjà érigé en modèle (Centlivres et alii, 1998 ; Duret, 1993 ; Duret et Tétart, 2007).

A ces trois motifs d’héroïsation se surajoute sa masculinisation. Rien de très surprenant : ce renversement de genre est usuel dans la presse des années 1890-1920 lorsqu’elle parle des athlètesses, des footballeuses, des cyclistes. Les tenniswomen n’échappent pas à cet arrangement sémantique. Ainsi, en finale des championnats de France 1914, Marguerite Brodequis est-elle présentée comme un "indiscutable champion[16]" cherchant à "garder son titre de champion[17]". Quant à Suzanne Lenglen, après son sacre mondial, Marcel Daninos écrit ces lignes :

"Le rôle du champion est périlleux… Celui de champion du monde est plus lourd encore de responsabilité. Quant à celui d’enfant prodige, il est accablant ; c’est un fardeau qu’on traîne derrière soi toute une vie. Mais il me paraît très sincèrement que nous tenons (…) le véritable champion et que nous aurons en elle une manière de Wilding[18]".

L’usage du mot champion est ici renforcé par le rapprochement avec l’Australien Anthony Wilding[19]. Ce dernier domine le circuit masculin et il chaperonne l’adolescente lors de leurs communs entrainements niçois. Certes, chez Daninos, l’assimilation au masculin est fluctuante. Dans ce même article, il finit par féliciter la "championne", puis il bafouille : "Je me complais à saluer ce petit champion du monde […] qui restera notre grand champion national". L’ancien juriste est-il mal à l’aise ? On ne saurait l’affirmer, sauf sur le mode de la spéculation. En tout cas, sa valse hésitation témoigne de la difficulté, manifeste, à user du seul mot championne. L’expression creuse en effet très difficilement son sillon depuis son tout premier usage sportif, au milieu des années 1890 (Tétart , 2014).

La masculinisation de la championne, si elle n’est pas systématique, est un biais coutumier. La plupart des journalistes recourent à l’image et/ou au mot du champion pour nommer les sportives dignes d’être distinguées et, parmi elles, Suzanne Lenglen. Parfois, ils s’en tiennent à joueuse, se réfugiant là derrière une commode neutralité. Dans tous les cas, le principe de précaution prévaut et les typographes sont souvent amenés à piocher des guillemets. En janvier 1914, dans un des premiers articles de fond sur la jeune fille, Le Matin l’interroge sur ses "impressions de "championne""[20]. En juin, concevant la titraille d’un article sur le championnat du monde, la rédaction du Petit Parisien opte pour le mot championne mais prend soin, elle aussi, de le ceindre de guillemets[21]. Un mois plus tard, lorsque l’USFSA, honorant les "champions" de l’an 1914, épingle ses anneaux à la robe de Suzanne Lenglen, Le Matin dit la justesse de cette distinction, mais ne féminise pas le mot champion ; le masculin suffit[22]. On s’explique mieux cette timidité sémantique lorsque on a lu, dans le même quotidien, deux semaines plus tôt, que le titre de championne de France de Suzanne Lenglen relève du "bon féminisme", ce à quoi Cécile Brunschwig, secrétaire générale de l’Union Française pour le Suffrage des Femmes, rétorquait, dans un droit de réponse mariant esprit frondeur et ironie, que le mauvais féminisme consiste donc pour la femme à ne pas savoir être à sa place, à revendiquer des "droits" en piétinant "sa responsabilité sociale et ses devoirs envers l’humanité[23]».

Avant guerre, Suzanne Lenglen est donc et avant tout définie et présentée aux lecteurs comme un champion, non comme une championne, sinon avec des guillemets.

3. Entre hésitations et réflexes patriarcaux : une masculinité préservée (1919-1923)

Il eut été captivant d’étudier les représentations de Suzanne Lenglen pendant la guerre. C’est une période durant laquelle l’imaginaire du sport mue. S’y affirme aussi un sport féminin organisé et autonomisé par rapport à la tutelle masculine (Devron, 2005)[24]. Mais, quoique l’information sportive reconquiert peu à peu ses droits dans la presse à partir de 1915, la guerre constitue une parenthèse tennistique. Certes, on peut ici et là trouver quelques mentions relevant de la culture de guerre ; ainsi Le Miroir le présentant comme une – improbable – distraction des soldats (1915) et La Vie au Grand Air assimilant le geste du lancer de balle a une propédeutique au jet de grenade (1916). Mais, en vérité, le tennis n’est définitivement pas un sport de guerre (Tétart, 2013). Pour preuve, Le Matin n’en reparle, sur le plan compétitif, qu’en juillet 1917 avec la reprise du tournoi de La Bourboule. Quant à La Presse, il n’en parle qu’à de très rares occasions alors même qu’il est le titre le plus bavard en matière sportive durant toute la guerre.

Selon le mot de Georges Rozet, le conflit sonne donc le glas de la "guerre en flanelle" (le tennis féminin)[25]. Quant à Suzanne Lenglen, son ami le navigateur et aventurier Alain Gerbaud se souvient que, comme nombre d’autres privilégiés, elle vit les événements de loin, "fée d’un monde protégé […], vivant chez ses parents, dans la villa Arien" (la famille Lenglen s’installe à Nice fin 1914) où "la société en villégiature s’exalte" de ses exploits sur la terre battu (Gerbaud, 1993, p. 42). Parenthèse guerrière donc, durant laquelle la jeune fille parfait son tennis.

Sous le signe de la paix, Suzanne Lenglen reprend sa carrière là où elle l’avait laissé, c’est-à-dire avec les plus grands espoirs, et de fait, son règne mondial commence avec sa victoire de 1919 à Wimbledon.

A-t-elle, cinq ans après ses premiers exploits, changé de statut ? Non, sa masculinisation reste de mise. Parce qu’elle "surpasse les adversaires de son sexe", parce qu’elle "ne cède en rien à ses adversaires hommes", elle est et demeure un champion[26]. C’est en "champion" que, pour Le Temps, elle conserve son titre mondial en 1920[27]. Après ses victoires aux Jeux Olympiques d’Anvers en 1920 (simple et mixte), La Vie au Grand Air la sacre "plus grand champion français[28]". En 1921, Le Matin informe ses lecteurs des "projets de Suzanne Lenglen, champion de tennis[29]". Autre exemple témoignant de la prégnance de cette masculinisation : en 1923, lorsqu’il publie le premier ouvrage de la joueuse, l’éditeur Nilsson choisit un titre n’appelant pas de commentaire : Le Tennis. Par Melle Lenglen, champion du monde. On pourrait décliner à l’envi.

Parmi les centaines d’articles désormais consacrés à la compétitrice, une brèche s’ouvre toutefois. Les guillemets restent un recours, un paravent : la Française a "triomphé à Wimbledon de Miss Ryan "champion des Etats-Unis"" lit-on par exemple dans La Croix[30]. Plus encore, les formules de substitution laissent transparaître le malaise des rédacteurs et leur inventivité en matière d’évitement. Dans Le Matin, entre 1919 et 1921, Suzanne Lenglen est successivement "meilleure raquette féminine française", "propriétaire du titre de champion", "champion féminin mondial du tennis", "champion-femme[31]", etc. En 1922, dans Le Figaro, Frantz Reichel explique que, huit ans après qu’à "ses quatorze printemps elle fut champion du monde", la "gracieuse champion de France" défie miss Ryan pour le "titre de lady champion du monde", puis qu’elle reste "champion[32]" de Wimbledon.

Plus avancé dans ce glissement sémantique et culturel, en 1921, Etienne Micard note les faits et gestes d’une "charmante compatriote, championne du monde[33]". Mais il est un chroniqueur mondain au Figaro, pas journaliste sportif. Ceci explique sans doute cela. Dans La Presse (pionnier dans l’usage du mot championne[34]) comme dans L’Ouest-Eclair et Le Temps le champion s’efface de plus en plus fréquemment au profit de la championne. Quant à la presse féminine et aux titres dédiés à la jeunesse, ils sont à l’avant-garde ; Suzanne Lenglen y est plus tôt et plus souvent qu’ailleurs dépeinte comme une "nationale championne[35]".

Au plus général cependant, l’hésitation reste de mise. Ainsi celle des frères Maurice et Paul Méry van Minden, chefs de rubrique du Gaulois. Le cœur des deux sexagénaires balance entre "champion" et "exquise championne française[36]". Les lire donne corps à l’idée d’un pas de deux culturel. Ils oscillent entre l’ancien et le moderne. L’usage du mot champion renverrait à leur mémoire d’hommes du XIXe siècle imprégnés d’une stricte hiérarchie des genres et, sans doute, à la bienséance linguistique d’une éducation grande bourgeoise. Il renvoie plus sûrement au tropisme de la masculinité sportive. Quant au mot championne, il témoignerait de leur désir d’être en prise avec leur temps, et pourquoi pas de céder aux charmes de la joueuse. Ce type de cohabitation masculin/féminin est fréquent jusqu’en 1923. On la retrouve notamment dans Le Petit Parisien.

La féminisation du statut de Suzanne Lenglen s’affirme donc sensiblement à partir de 1922-1923. Mais elle demeure avant tout masculinisée. Quoique dès l’avant-guerre la féminisation de certaines expressions masculines se dessine, sa célébration passe avant tout, qu’elle soit enfant ou jeune femme, par la négation ou la neutralisation de sa féminité. La résistance notoire du monde sportif et, notamment, des journalistes de sport, à la féminisation de son univers et de son vocabulaire apparaît ici en pleine lumière.

En dépit d’un évident assouplissement sémantique, c’est donc sur un mode principalement masculin et viriliste que, de l’avant à l’après-guerre, se jouent l’adoption de la joueuse et la définition de son image, de son statut, de ses responsabilités[37].

4. Confusion des genres

Cette masculinisation et/ou cette neutralisation du genre doit-elle être appréciée à l’aune d’une singularité tennistique. En effet, dès sa diffusion sur les côtes normandes à la fin des années 1880, le tennis permet aux femmes de jouer avec des hommes, au besoin de se mesurer à eux (Peter et Tétart, 2003). Inusuelle dans l’univers des sports modernes, cette mixité, à l’origine purement récréative et mondaine, place le renversement de genre observé ici sous un jour particulier. On peut la voir comme une matrice culturelle singularisant les joueuses de tennis et leur représentation ; la figure féminine, au prétexte de cette mixité, s’effaçant alors en partie derrière celle de l’homme et s’en chargeant à la fois. Or Suzanne Lenglen revendique son goût pour le double mixte, qui lui vaut d’ailleurs son premier titre en 1914. On peut penser que cette victoire fondatrice, au bras d’un Max Decugis qui truste littéralement les titres à Roland-Garros[38], lui rétrocède d’emblée une part d’aura et de gloire masculine, l’une et l’autre étant entretenues dans l’entre-deux des genres par de nombreux succès en double mixte (près de 40% de ses 241 titres[39]). Pour aller plus loin, rappelons que Suzanne Lenglen ne dédaigne pas, loin s’en faut, les exhibitions lors desquelles elle se mesure aux hommes. Ainsi, en lever de rideau de la Coupe Davis 1919, associé à un équipier, elle défie une équipe masculine et la presse salive d’avance au "régal[40]" d’un tel spectacle.

Sous le signe de la mixité notamment, l’assimilation au masculin renvoie donc à l’idée – volontiers colportée par la presse – que la championne vaudrait bien des champions et se voit comme telle. De fait, elle s’entraîne souvent avec des hommes. Elle dit en préférer la compagnie et la concurrence. Ses amis soulignent qu’il faut "avoir un homme pour partenaire" pour la battre en mixte (Lartigue, cité par F. Veray op. cit., p. 43). Son père, Charles, qui l’a formé avec l’aide d’un sparring partner de fortune – le jardinier de la famille –, ne cache pas qu’il l’a toujours incité à jouer comme un homme (Gentien, 1953, p. 41). Quant à la joueuse, elle avalise très tôt l’idée qu’elle est un garçon manqué. Elle explique que son père l’a poussée à adopter un mental masculin, exigeant d’elle qu’elle imite les champions plutôt que les championnes, et qu’elle s’en trouve bien. En mars 1920, revenant pour La Vie au Grand Air sur la façon dont elle est "devenue championne", elle revendique la masculinité de son jeu[41]. La polarité du modèle masculin dans sa formation et son comportement tennistique est donc à la fois une revendication et une antienne médiatique (Lenglen, 1923, p. 12 ; Mortang 1931, p. 137-138 ; Gentien, op. cit., p. 41). Quant à l’orageuse présence de son père au bord des courts, elle est souvent évoquée par la presse et le milieu, accréditant l’idée que sa fille, soumise à son fantasme et à son autorité, ne serait que le bras armé d’une détermination toute patriarcale. On connaît, depuis lors, bien d’autres cas de couples fille-père, notamment celui de Marion Bartoli ou des sœurs Williams, mettant en lumière ce genre de représentation.

Parlons enfin du physique et du comportement de Suzanne Lenglen. L’un et l’autre brouillent en effet les cartes et accentuent cette confusion des genres.

Si elle est coquette, élégante, au point qu’elle deviendra une égérie de la mode, Suzanne Lenglen n’en a pas moins un visage banal – voire "ingrat" comme l’écrit la romancière Annie Degroote (2010). La plupart des photographies nous montrent une jeune femme épanouie, mais on se saurait dire, sans jugement aucun, qu’elle incarne les canons de la féminité.

Quant à son tempérament, il est entier. Elle adopte parfois des comportements dits masculins. Tel jour, à Wimbledon, devant la reine, elle foule le gazon flasque de cognac à la main, tel autre elle profère des grossièretés. Ces travers renforceraient le rabattement du féminin sous l’échelle de valeurs dites masculines ou, encore une fois, la neutralisation de sa féminité et ainsi, toujours, cette confusion des genres. Or la presse se repaît des fait et gestes du champion et nul n’ignore ce qui fait, sous ce jour aussi, sa singularité.

5. Une figure androgyne

A la lumière de cette analyse, l’explication usuelle disant que la nature masculine du jeu de Suzanne Lenglen lui a permis de régner sur le tennis féminin et a sous-tendu sa reconnaissance et sa célébration tient en partie. Son jeu rompt avec la norme. Il se rapproche du jeu masculin, s’en inspire et fait entrer le tennis féminin dans une nouvelle ère, plus technique, plus physique. Il constitue assurément le prétexte idéal à une masculinisation qu’on discute bien au-delà des frontières de l’Hexagone. Au Brésil, la revue Sports estime ainsi que la dimension "mâle" est une des principales caractéristiques du jeu de Suzanne Lenglen[42].

Néanmoins, cette masculinisation, qui est au cœur de son adoption et de son héroïsation, est plus complexe, tortueuse, ambigüe. On ne saurait donc la résumer à une affaire de force, de coup droit, de stratégie, de manière "mâle" de bouger et d’agir sur le court.

Pour dépasser ce constat, on peut continuer à s’interroger sur la responsabilité de Suzanne Lenglen elle-même. On disait plus haut qu’elle revendiquait, à certains égards, sa masculinité. Mais, au-delà, fut-elle tentée d’instrumentaliser l’ambigüité de son statut de femme jouant comme un homme ? En l’absence d’archives privée sur cette question et en dépit de quelques déclarations déjà citées sur la masculinité de sa formation, l’historien ne saurait dire que la jeune fille de 1920 pense et gère son image – a fortiori en 1914. Par la suite, peut-être est-ce une autre affaire. Son biographe, Gianni Clerici, nous dit avec force insistance son souci de se mettre en scène, de mettre sa carrière en scène. Il estime qu’elle aime à paraître "supérieure" (Clerici, op.cit., p.82). En jouant avec l’idée de sa masculinité ? Nous ne saurions répondre, pour deux raisons au moins.

D’une part, cette scénarisation serait plutôt l’affaire des années 1923-1926. En effet, à partir de 1925 surtout, la joueuse affirme de plus en plus son autonomie, jusqu’à faire sécession en devenant professionnelle (donc en instrumentalisant ses résultats) alors que l’idéal amateur reste au cœur de la culture tennistique française, plus encore pour les femmes que pour les hommes. Mais si scénarisation il y a, elle donc hors champs pour nous.

D’autre part, rien ne permet d’accréditer l’idée qu’elle aurait intentionnellement joué sur l’ambigüité de sa représentation. Au contraire même. Dans l’immédiat après-guerre, alors qu’elle n’est pas encore devenue une figure de mode, elle prête malgré tout et déjà une grande attention à sa tenue, à ses entrées sur le court et ailleurs. Célébrations et critiques s’ensuivent. Une partie du public anglo-saxon n’apprécie pas "que sa jupe courte, en se soulevant, découvr[e] des jarretières bouffantes faites d'un gros nœud de rubans cerise[43]". On peut donc avancer l’idée que, dès la charnière des années 1910-1920, son élégance, dont on sait qu’elle renvoie à une féminité revendiquée (Veray, op.cit. 2003, p. 51-54 ; Wills, 1937), compense pour partie les qualités dites masculines qu’on lui prête. Une chose est sûre, Suzanne Lenglen n’est pas une égérie garçonne. Elle ne porte ni cravate ni bouton de manchette. Elle ne se veut ni tapageuse ni subversive ni scandaleuse. Bref, elle ne peut pas être rapprochée de ce personnage caricaturé, parfois caricatural, dont Georgel chante le portrait dans La Garçonne (1923), ni être comparée à une Violette Morris (Bonnet, 2011).

Nonobstant, il faut convenir, de nouveau, qu’elle revendiquait volontiers une forme de masculinité et/ou s’employait à la bousculer. Sous ce jour, celle qui s’est toujours défendue d’être féministe a quelque chose d’une militante qui s’ignore et dont l’audace la tire vers le masculin. En 1920, elle provoque ainsi William Tilden, alias Blue Grizzly[44]. Elle perd le match. Le résultat importe peu : elle ose se mesurer aux hommes. Dans ses témoignages ultérieurs, elle feint l’ingénuité, mais on a le sentiment qu’elle se complait, assez ironique au fond, dans ce tempérament excitateur que les Américains pointaient en parlant d’elle comme d’une flapper (Miller, 2001, p. 111) c’est-à-dire une "délurée" bravant un ordre moral voulant que la femme se taise et ne compromette sa vertu ni en bousculant la hiérarchie des genres ni en adoptant des conduites transgressives ou dites masculines.

Au final, il est difficile de trancher et on est tenté d’assimiler Suzanne Lenglen à une figure androgyne. La chose est peu sensible en 1914. Elle s’affirme après-guerre. Sa célébration planterait ainsi et à la fois ses racines dans l’humus "absolutiste" du "référent identitaire masculin" (Lefevre, 1996, p. 247) et dans un culte incontestable de qualités dites féminines, de signes culturels, symboles de sa féminité. En cette croisée des genres se dégage alors un fragile équilibre, un statut hybride participant, de façon centrale, à son inimitabilité, donc à son grandissement.

6. La vierge au combat

Dans ce processus d’appropriation et de grandissement de la championne, et toujours en référence à son ferment transgenres, il faut aussi envisager la conjugaison symbolique entre trois dimensions : sa jeunesse d’une part, sa combattivité de l’autre, ce que certains disent être son animalité enfin.

Première facette : sa jeunesse. Avant-guerre, la pureté, la virginité et la minorité de Suzanne Lenglen favorisent l’adoption d’une enfant par le public et repoussent la figure féminine dans un avenir indéfini. En 1913, à Nice, Jacques Henri Lartigue voit une "petite fille" sur le court (Lartigue, 1975). L’année suivante, Tennis & Golf lance l’expression "bébé Lenglen"[45]. "Mademoiselle Brodequis reste la championne, lit-on alors dans Le Matin, mais Melle Lenglen est la plus jeune". Suzanne Lenglen est quant à elle et dès 1914 appelée à témoigner de ses souvenirs de très jeune joueuse : pour Le Matin, elle se remémore ses premiers échanges en tournoi (à Dieppe), face à une adversaire éberluée de voir se présenter face à elle "un petit bout de femme en chaussettes et jambes nues qui dépassait à peine le filet[46]". Six ans plus tard, " l’enfant aux boucles noires engoncée dans une robe d’écolière [est] devenue une jeune fille […] avec l’équilibre et la grâce ailée d’une ballerine" (Gentien, op.cit., p. 43). Ce portrait d’Antoine Gentien, celui d’une jeune fille, non d’une jeune femme, d’une femme majeure[47]. Il ne dépare pas de ce qu’on lit ordinairement dans la presse en 1920, 1921, 1922. Suzanne Lenglen y reste enfermée dans l’état virginal et gracieux de l’enfance, de la demoiselle, par opposition à l’état de femme adulte "séductrice et génitrice" (Lefèbvre, op.cit., p. 250). La férule paternelle, étroite et notoire, contribue toujours à cet état de fait. Bref, Suzanne Lenglen est maintenue dans une zone "diaphane" de l’adolescence – entre l’enfance et l’âge adulte – définie entre autres par une virginité "magnifiée" (Houbre, 1996, p. 3).

Seconde facette : sa pugnacité. Elle est mise en avant dès 1914. En témoignent ces lignes empruntées au Journal de la jeunesse qui, notons-le, use du mot championne parmi les premiers.

"La championne est un véritable prodige, vigoureuse, infatigable, alerte, active, possédant l’expérience du jeu avec une remarquable précision elle joint à cet art sportif et à ces quatre qualités qui assurent l’infaillible victoire, l’énergie, le sang-froid la volonté de vaincre[48]".

Suzanne Lenglen est vue comme une guerrière des courts, ce en quoi elle "n’est plus vraiment une enfant" lit-on dans Le Matin en 1914[49]. Sa combattivité (au sens premier de championne : celle qui se bat rudement) s’oppose au catalogue des attributs dits enfantins (obéissance, jeu, insouciance, imitation…) et dits féminins (souplesse, indolence, retrait, soumission…). Sa force physique et de caractère incarne in fine une émancipation et une autonomie qui ne riment pas avec l’idéal contemporain, policé, eugénique, etc., de la jeune fille ou de l’adolescente sachant se tenir dans l’ombre protectrice du masculin. Elle est, tout autant qu’un homme, une guerrière des courts.

Troisième facette enfin : il y aurait en elle quelque chose d’animal, de sauvage. L’idée est de Lucien Dubech, éditorialiste sportif de L’Action Française. Pour lui, Suzanne Lenglen, être métis par excellence, tient de "la femme, de la panthère, de la jument et de l'aigle[50]". On pourra à bon droit considérer que Lucien Dubech cède là à son désir de littérature. Mais le fait qu’on retrouve l’idée de cette animalité sous d’autres plumes. On ne saurait donc la négliger.

Souvent entremêlées, ces trois facettes dessinent un portrait pétri de paradoxes, un entre-deux ou un entre-trois nous disant que l’acceptation de la féminité sportive de Suzanne Lenglen et son héroïsation passent par l’imbrication des états et des genres : masculin/féminin, mais aussi enfant/adulte, irresponsabilité/responsabilité, indolence/violence, civilisé/sauvage, etc.

Suzanne Lenglen peut alors être vue comme une vierge au combat, celle qui est tout à la fois  pure, combattante et d’une ardeur sans limites – animale –, celle qui a moins de droits que de devoirs et qui se rue dans la mêlée pour lui et pour les autres. Nous pensons ici, dans un parfait renversement des genres, au furieux transport de Malcolm dans Mac Beth : "Certains le disent fou, d’autres que c’est de la furie de brave" (Shakespeare, 2000). Le brave – la brave – n’a pas le choix. Sur le champ de bataille, c’est par son intrépidité, sa sauvagerie (c’est-à-dire l’étymologie de bravoure), son sens inné ou révélé du sacrifice qu’il touche à la perfection et à la gloire.

La polémique qui éclate à la fin de l’été 1921 à la suite d’une des premières défaillances de Suzanne Lenglen accrédite cette analyse. Elle montre comme le premier accroc au principe de devoir ouvre la boite de Pandore : de façon manifeste, la critique moins patiente avec les défaillances féminines qu’avec les faiblesses masculines, révèle une société dans laquelle le féminin est rabattu du côté de la soumission et de la minorité.

En août 1921, quoique malade, Suzanne Lenglen prend la mer pour les Etats-Unis. En finale du tournoi de bienfaisance de Forest-Hills – organisé au profit du Comité de Secours Américain des régions dévastées de France – elle abandonne face à Molla Mallory, sa principale rivale du moment. Après plusieurs et récents revers tricolores face aux Américains, celle qu’on voulait "vengeresse[51]" déserte le court et ne redore pas la réputation sportive française. Dans la foulée, elle déclare forfait pour les championnats des Etats-Unis. Puis elle annule sa participation à une série de matchs de bienfaisance. Outre-Atlantique, on le regrette. Quoiqu’elle a satisfait à une partie de ses engagements caritatifs, certains dénigrent la "petite sorcière" (Clerici, op.cit., p. 100 et 108). D’autres sont plus amènes, mais amères malgré tout, soulignant qu’elle quitte les Etats-Unis sans les vivats de son arrivée[52].

Entre condamnations et soutiens parfois insolites – comme celui de l’ambassadeur de Roumanie aux Etats-Unis – l’affaire fait grand bruit. En France, la fédération de lawn-tennis (FFLT) estime qu’elle a jeté le gant trop vite et abîmé l’honneur du tennis et du pays. Elle a beau s’en défendre en produisant des certificats médicaux, elle a trahi et écorné son image. Elle est sommée de paraitre devant le bureau de la FFLT en présence du porte-parole des détracteurs français et étrangers, de M. de Joannis, vice-président de la fédération, et de Paul Champ, vieux militant de l’USFSA, publiciste sportif et délégué le ministre des Affaires Etrangères Alexandre Millerand.

Une telle mise en accusation n’est pas surprenante. En 1920 déjà, une petite controverse avait suivie une autre défection. Le journaliste et écrivain Jacques Mortane avait été un des seuls à dénoncer "l’incompétence" de collègues injustes et ignorants, prompts à présenter la "célébrité" de la joueuse comme "un feu de paille[53]". Il est vrai que Mortane est un proche de Suzanne Lenglen.

En 1921, que reproche-t-on à la joueuse ? D’avoir été une piètre ambassadrice ? D’avoir, selon le mot de Joannis, fuit alors que "la France, elle, ne s’enfuit pas !" (Clerici, op.cit., p. 111) ? D’avoir briser l’idéal de la femme-enfant disciplinée, obéissante – au père, à la fédération – et toujours triomphante ? D’avoir ainsi divorcé d’avec le modèle "bourgeois […] de la claustration virginale" (Crubelier, 1979, p. 330) et accédé à l’âge de femme ou pire, de femme émancipée ?

Premier reproche, sans doute le plus fort : Lenglen a démérité de la nation. Par ailleurs, elle s’est soustrait à son devoir de victoire avant de se défausser et, ce faisant, d’affirmer son libre-arbitre et son bon droit contre une hiérarchie tennistique masculine. Il y a là une rupture avec l’image publique de la joueuse célébrée en une du Miroir des sports quelques mois avant le scandale : joueuse "en pleine action[54]", bandeau sur le front, regard froncé, frondeur, décidé. Elle vient de semer le doute sur son art de vaincre, sur sa "stupéfiante domination", sur sa "merveilleuse régularité[55]" qui dès 1914 lui vaut d’être peinte en combattante. Pour la première fois, celle qui a habitué "la France" au "triomphe[56]" échoue. Or on attend qu’elle exemplifie un héroïsme juvénile stimulé par la Grande Guerre (Audouin-Rouzeau, 1993, p. 203) et innervé, désormais, par l’idéal de la "femme patriote" (Morin-Rotureau, 2004). Sa faiblesse transgresse une des valeurs clés de sa reconnaissance et de son immunité : sa participation au redressement de la France. On la soupçonne d’avoir rembarqué de New York par caprice plutôt que par nécessité, bref, d’avoir déserté. Un an plus tard, Frantz Reichel, dont la prose laisse pourtant poindre son admiration pour la joueuse, parle encore d’un "incident déplorable[57]". Finalement, ce scandale la rabat vers l’inconsistance, les faiblesses dites naturelles du féminin. De façon symptomatique, en voulant la défendre, un rédacteur du Journal Amusant écrit ceci : "Et dire que la cause initiale de ce grave événement est la petite difficulté que vous n’ignorez pas et qui est… périodique chez les dames ![58]"

En contrechamp, en 1921, la presse glose sur la défaite du boxeur Georges Carpentier face à Jack Dempsey et ses répercussions pour la France, mais sans ébranler la statue du héros. Le sacrifice de Suzanne Lenglen, lui, doit être absolu, comme celui de Jeanne d’Arc. On relit alors Jules Michelet :

"[Jeanne d’Arc] plonge intrépide au milieu des épées, blessée toujours, découragée jamais, elle […] entraîne tout le peuple qui devient soldat avec elle, et personne n’ose plus avoir peur de rien ! Et tout est sauvé ! La pauvre fille, de sa chair pure et sainte, de ce corps délicat et tendre, a émoussé le fer […], couvert de son sein le sein de la France" (Michelet, 1853).

En transparence se dessine encore ici l’image de la vierge au combat, figure patriote et sacrificielle dont on attend, dans ce temps encore brûlant du souvenir de la guerre, qu’elle sache "ranimer l’ardeur des Françaises[59]" et des Français. Avec cette affaire (la seconde interviendra en 1926, lorsqu’elle choisit de devenir professionnelle) on mesure la fragilité de sa reconnaissance. Pour reprendre le mot un peu plus tardif du reporter et écrivain Maurice Prax ; mot qui reste d’une pleine modernité : sa "célébrité […] ne lui appartient pas[60]". Quelques années plus tard, au printemps 1926, l’humoriste Rip écrira et jouera au Palais Royal un sketch témoignant de ces revers de notoriété. Sur scène, des paysans en costume moyenâgeux annoncent la venue d’une Vierge au grand cœur qui va sauver la France ; cette vierge n’est pas la pastourelle de Vaucouleurs, mais Suzanne Lenglen… En 1931 encore, dans un feuilleton donné par Parisiana, une sportive de fiction, une "grande championne", a remplacé la "pucelle pour la propagande nationale[61]". Signe des temps et clin d’œil évident à la Grande Suzanne.

7. Lenglen "nationale" et patriote

L’épisode de 1921 prend plus de relief encore lorsqu’on se concentre sur la représentation de Suzanne Lenglen comme ambassadrice de la nation et comme figure patriotique.

En 1914, Suzanne Lenglen n’est investie d’aucune fonction patriotique. En revanche, la donne est toute différente à la charnière des années 1910-1920, à l’heure où certains journalistes l’associent à Jean Bouin et Georges Carpentier dans la triade française des "plus grandes gloires individuelles[62]". La joueuse elle-même s’engage, disant que l’honneur de représenter son pays ne peut être décliné. Nous sommes alors dans un après-guerre où le souci de rétablir symboliquement l’honneur et la suprématie française est fort. On comprend alors pourquoi Le Temps ose cette célébration du sport féminin en une : la "gloire sportive et nationale" des athlètes et des "athlétesses" – dont Suzanne Lenglen – symbolise la fin des "poupées trop fragiles" et la levée d’une génération de "vierges fortes", de "novatrices d’un grand courage" capables de "défendre la noblesse de la race française" et de justifier la nécessaire "dictature de l’athlétisme intégral[63]". On attend donc de la joueuse – on y revient toujours – qu’elle assume ce devoir de victoire et de représentation, qu’elle soit un symbole du redressement national. En 1921, Le Temps, plutôt lenglenophile et favorable au sport féminin, s’exaspère de "la manie désobligeante du public français d’engager [l’]honneur national sur un terrain où il n’a que faire et d’attacher le prestige [des] trois couleurs à un muscle plus ou moins résistant[64]". Mais l’approche la plus fréquente est plutôt celle de Tennis :

 

"Les Français se réjouissent" des victoires de Lenglen comme de "tout succès remporté à l’étranger par des compatriotes, quelle que soit la nature de ce succès. […] N’oubliez pas, Mademoiselle qu’à travers la personnalité […] de la joueuse inégalable transparaît un peu du visage de la France[65]".

 

C’est aussi celle du Miroir des Sports. En juillet 1921, quelques jours après la défaite de Georges Carpentier face à Jack Dempsey et une série de contre-performances des équipes tricolores (football, athlétisme, cyclisme), le périodique la remercie d’avoir sauvé la dignité hexagonale : "Si notre honneur national a beaucoup souffert à Jersey-City […], Melle Lenglen porte sur ses épaules l’honneur du sport français[66]". Cet idéal d’honneur et de responsabilité ira croissant jusqu’en 1926. Suzanne Lenglen devient une ambassadrice de la puissance française, tant en France qu’aux yeux d’autres opinions. Aux Etats-Unis où The New-York Times suit assidument sa carrière. En Grande Bretagne où l’Evening News, le Morning-Post, le Times ou le Daily Telegraph, Athletic News lui consacrent des articles élogieux, ce dernier jugeant que "la France peut être fière de son champion[67]".

On remercie donc Suzanne Lenglen pour "services rendus à la propagande française[68]". Alors qu’une partie de la presse féminine professe encore que la pratique tennistique des femmes doit être faite de "débrouillages" dans "l’incognito du court familier[69]", la joueuse, dans la vitrine sportive et médiatique des nations, incarne la France et parade avec des souverains. Parmi de nombreux exemples, pensons à ses échanges avec Lord Balfour en 1920 et, l’année suivante, à un match très médiatisé où, associée à Manuel d’Espagne, elle donne la réplique à la paire Geraldine Beamish-Gustave V de Suède. Suzanne Lenglen est "la partenaire des rois[70]". Elle n’est plus en droit de se soustraire à ses obligations de guerrière des courts, d’ambassadrice, d’icône. Qu’elle le veuille ou non, elle est la "Lenglen nationale[71]". Là encore elle est apparentée à une figure missionnaire, laquelle se décline avant tout au masculin. Et là encore elle ne s’appartient plus tout à fait, ce que révélait bien l’affaire américaine de 1921 et l’idée d’une vierge au combat, censée répondre à un appel supérieur.

8. Danseuse plutôt que Diva

Nous notions que la masculinisation de la joueuse était partiellement compensée par sa féminité, établissant alors une forme d’androgynéité. Revenons sur ce point car il est important et lui aussi significatif de la difficulté, plus ou moins partagée par la presse, de féminiser le champion.

Suzanne Lenglen est très vite et à juste raison présentée et célébrée comme une élégante. Elle est habillée par Jean Patou à partir de 1921. Elle commence alors à être vue une ouvreuse de la mode (Bard, 2010). On parle de "style Lenglen", de "mode Lenglen". Helen Wills, un de ses principales rivales à partir de 1923-1924, dit comme elle prête attention à ses sorties, "manteau blanc à large col en fourrure de lynx tombant sur ses épaules", la tête enserrée d’un "bandeau rose". Elle ajoute qu’on ne peut pas la rater tant son aura et sa gaieté aimantent toujours "un groupe vociférant" (Wills, op. cit., p. 75). Soucieuse des apparences, de son image, elle veut, selon son biographe, "être vue, admirée, adorée" (Clerici, op. cit., p. 75 et 91). Elle s’y emploie, se drapant dans une sophistication marquée par les chatoyants contrastes du Paris Arts Déco (Bard, 1998, p. 37) : tenues blanches et rehaussées de ses fameux turbans carmin, fuchsia, violine, vert émeraude.

On connaît cette Diva des courts réinventant les canons du prêt à porter sportif, inspirant la mode et aimant être et paraître en société. Mais si elle se découvre sous ce jour à partir de 1920-1921, c’est plutôt la jeune femme des années 1923-1926, plus âgée et émancipée, qui joue ce rôle, l’endossant parfois à l’excès, comme lorsqu’elle s’entraîne au matin, habillée avec soin et maquillée, un turban orangé lui enserrant la tête, raquette à main droite, fume-cigarette à main gauche, avec un gramophone jouant Georges Gerswhin. Jusqu’en 1923, cette dandy féminine – Lenglen dans ce qu’elle aurait de garçonne – ne compense pas les processus de masculinisation à l’œuvre depuis 1914. Elle-même ne tend encore à s’auto-distinguer qu’en déclarant qu’elle ne se retrouve pas dans une femme française "d’humeur casanière[72]". On pense ici à Véronique Nahoum Grappe (1993) : le maniérisme des ouvreuses (de la mode notamment), n’est pas forcément ni un facteur d’émancipation ni l’expression d’une volonté d’émancipation. N’oublions pas, en effet, qu’elle est issue d’un milieu grand bourgeois où les conventions sociales et de genre pèsent lourd.

Du reste, dans la période qui nous intéresse, c’est moins la Diva – l’égérie de la mode, la mondaine – que la figure de la Danseuse qui doit retenir notre attention.

En 1914, la métaphore artistique est déjà fréquente. Suzanne Lenglen est un "petit faune" jouant avec les "balles comme une jongleuse[73]", lit-on dans Femina. L’image est déroutante. Au sens strict, un faune est une divinité champêtre représentée avec un torse humain, des oreilles pointues, des pieds et des cornes de chèvre ! On l’associe parfois avec l’idée de l’espièglerie et de la lubricité. Parle-t-on d’un petit animal de cirque ? En partie – et cela nous renvoie à l’analogie animale de Lucien Dubech. Après tout, n’est-ce pas là une façon de dire l’étrangeté, le phénomène – in fine le génie ? Ajoutons que l’image de la jongleuse n’est pas rare, qu’elle renvoie à la Belle Epoque au croisement entre culture circassienne et sport[74], qu’elle reparait enfin au fil des années 1920.

Après guerre, de façon plus notable, celle qu’on surnommait déjà la Ballerine des courts ou l’Etoile en 1914 est assimilée à une danseuse. Usant d’images qui valent dès l’aube des années 1920, Emile Condroyer la définit en 1926 comme une "danseuse de Degas"[75]. Gaston Leroux juge qu’elle joue "au pays de la danse[76]". La presse joue avec cette image de grâce, de légèreté toute chorégraphique, Le Ballon rond vantant par exemple l’art d’une "si gracieuse joueuse[77]". A la une ou en pages intérieures, plus que la puissance de son jeu, les photographies qui colonisent de plus en plus la presse montrent une joueuse stylée, aérienne, une danseuse des courts. Les romanciers recourent eux aussi à cette métaphore lorsqu’ils la dépeignent (Bauer, 2011, p. 139). Et de même le cinéma et ses critiques, à l’instar de Gilbert Charles.

"Bons Français, amis des mémoires et des anecdotes, vous aimez le document. On ne saurait vous en offrir de plus magnifique que celui que j’ai vu l’autre soir. On nous montrait le jeu d’une jeune fille. La gloire française du tennis. D’abord au naturel : des mouvements secs, rapides et précis. Puis au ralenti ; on ne peut rien imaginer de plus beau : le souple corps se détendait, flottait dans l’air comme une écharpe lancée dans l’azur […], bref c’était quelque chose d’infiniment émouvant que cette élégante et lumineuse arabesque […]. N’écoutez pas les enchéris qui méprisent les beautés de l’art muet. Qu’ils aillent donc voir miss Lenglen ![78]"

De fait, Suzanne Lenglen a eu une formation de danseuse, comme nombre de petites filles de son milieu. Elle reconnaîtra l’influence de Loïe Fuller sur son jeu. A la fin des années 1930, lorsqu’elle crée son école de tennis, elle dit s’inspirer entre autres de la méthode de l’étoile et chorégraphe Anna Pavlova. Elle fut aussi en relation, au soir des années 1930, avec la chorégraphe Margaret Morris, à qui elle dispensait ses conseils sportifs. Enfin, dans un roman écrit à quatre mains avec son ami Jacques Mortane, elle met en scène une joueuse de tennis, Marcelle, tenaillée par l’idée de la "lévitation du geste", d’un "flottement" qui aurait quelque chose d’angélique (Lenglen, 1925)[79].

D’autre part, la bonne société parisienne des années 1910-1920 accompagne et applaudit une danse en train vivre une révolution esthétique. De Loïe Fuller que Paris découvre à la Belle Epoque au choc des Ballets russes au début des années 1910, la référence chorégraphique entre dans le registre des métaphores possibles, dans l’air du temps. Le faune dont nous parlions plus haut pourrait être celui de la troupe de Serge de Diaghilev[80]. Quant au sport, et au tennis souvent, il inspire chorégraphes et musiciens. Au printemps 1913, Jeux, commandé à Claude Debussy par Serge de Diaghilev, est donné par les Ballets Russes au Théâtre des Champs-Elysées. On a d’ailleurs supposé que Suzanne Lenglen avait inspiré la chorégraphe Vaslav Nijinski – ce que chronologie interdit. En 1914, Eric Satie compose Sport et divertissements. Cette pièce ne sera cependant donnée qu’après la guerre (Tétart, 2013 ; Schwab, 2009).

Terminons enfin sur une légère entorse chronologique avec Le Train Bleu. Cette "opérette dansée" de Jean Cocteau est présentée à Paris en juin 1924. Dans des décors d’Henri Laurens et de Pablo Picasso, sur une musique de Darius Milhaud et une chorégraphie de Bronislava Nijinska, Jean Cocteau livre une variation sur l’hédonisme et la frivolité ayant pour prétexte l’idylle estivale des trois Frères Beau Gosse (dont un golfeur) et des trois sœurs Perlouse (dont une championne de tennis). Pour expliquer à Nijinska la danse pantomime qu’il imagine pour la joueuse de tennis, Jean Cocteau lui montre des photographies et des bandes d’actualités sur Suzanne Lenglen (Kochno, 1973 ; Norman, 1986). A la scène, l’influence est nette. Elle l’est dans les costumes Chanel[81] comme elle l’est dans le "délié" (Arnaud, 2003, p. 324) de Nijinska qui tient le rôle de la championne de tennis[82]. Au reste, le succès de l’opérette est élitiste. La grande presse se contente de l’annoncer, non de la commenter. La seule mention notable, une critique du professeur d’histoire de la danse André Levinson, aboutit à une lourde sentence : il n’y voit qu’un "simulacre" de danse fondé sur une hasardeuse "stylisation de mouvements sportifs[83]".

A l’analyse, la métaphore du tennis dansé de Suzanne Lenglen, toujours présenté comme "léger, souple, gracieux[84]", tend donc à compenser le poids de la masculinisation. Mais c’est une considération ex abstracto : face aux faits, on ne saurait affirmer que cet éloge de la ballerine, de la "déesse bondissante[85]" témoigne d’une exercice compensatoire délibéré, d’un jeu métaphorique révélant le désir de voir le corps féminin et le statut de la femme se décorseter, de se libérer. Ce qui reste est encore une fois l’idée d’une championne dont la féminité est rabattue sous l’ordre du masculin.

Conclusion

Entre 1914 et 1923, l’héroïsation de Suzanne Lenglen s’appuie le plus souvent sur une neutralisation du genre. Elle donne corps à l’idéal de la vierge combattante. La célébration et la reconnaissance de la joueuse, son adoption, révèlent d’un subtil équilibre entre masculin et féminin, entre minorité et émancipation. Comme Colette avant elle, elle incarne une femme "active et indépendante" (Thébaud, 2004, p. 192 ; Thébaud, Duby et Perrot, 2002). Mais elle le doit à une légitimation gouvernée par un imaginaire avant tout décliné au masculin ou, à tout le moins, renvoyant à des fonctions et des postures traditionnellement masculines. Sa féminité ne serait alors qu’un léger contrepoids (Perrot, 1992, p.175). La jeune fille est maintenue dans un état de minorité sexuelle, sociale, rendue fort ambigu par les facettes qui font d’elle, malgré tout, un possible modèle d’émancipation bourgeoise. L’exemplarité lenglenienne est ainsi floue et fuyante pour l’historien, renvoyant aux figures de l’androgyne et du faune – de la nymphe ?

En suivant Christine Bard, partant de l’histoire des garçonnes des Années Folles, l’émancipation de Suzanne Lenglen, qui ne se voulait plus féminine que féministe, est, toujours et encore "ambiguë" (Bard, 1999, p. 161) (tout comme son héroïsation). Elle est gouvernée par la domination masculine et, ce faisant, écorne seulement cette dernière.

Il n’en reste pas moins, ultime paradoxe dans ce jeu d’ombre et de lumière entre masculinité et féminité, que Suzanne Lenglen est le symbole d’une présence nouvelle de la femme dans l’espace médiatique, public. La chose est particulièrement sensible dans le monde anglo-saxon semble-t-il où elle incarne la new woman (Wagg, 2011, p. 122-139). Et peut-être est-ce à ce titre avant tout qu’elle est pionnière et populaire, aimée et décriée. C’est à ce titre aussi, au-delà de cet entre-deux du genre, qu’elle est unique. En effet, alors que l’univers sportif est largement organisé "selon des critères explicites ou diffus d’appartenance sexuelle" (Roger et Terret, 2005, p. 9), elle incarne une figure à nulle autre pareille, ni tout à fait masculine ni pleinement féminine. D’où la tentation de poser le point final en reprenant cette boutade d’André Lichtenberg et Etienne Micart : "Au commencement du monde, il n’y avait personne. Dieu créa d’abord Adam, ensuite Eve, enfin Suzanne Lenglen" (Lichtenberg, 1925, p. 56).

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[1] Nous remercions chaleureusement Christine Bard pour sa lecture et ses conseils avisés.

[2] Sur ce choix archivistique et la question de l’analyse des représentations du sport à partir du récit médiatique voir Ph. Tétart, 2013 et Ph. Tétard, à paraître 2014.

[3] Ce travail fait suite à un texte de Tétard (2005). Il est ici enrichi sur le plan des archives et refondu.

[4] 1er août 1912.

[5] 14 mai 1913.

[6] 17 septembre 1913.

[7] Tennis & Golf, 1er mars 1914.

[8] Cf. G. Disley, La Vie Sportive du Nord, 24 mai & 6 juin 1914.

[9] La Presse, 25 mai 1914.

[10] Détentrice notamment d’un titre olympique (1912), elle est la première joueuse française en vue.

[11] 6 juin 1914.

[12] 13 juin 1914.

[13] 15 juin 1914.

[14] 30 mai 1914.

[15] Le Matin, 9 juin 1914.

[16] M. Daninos, Tennis & Golf, 30 mai 1914.

[17] Le Temps, 23 mai 1914.

[18] 15 juin 1914.

[19] Quadruple vainqueur de Wimbledon (1910-1913), de la Coupe Davis (1907, 1909, 1910, 1914), champion du monde en 1913 et 1914.

[20] 26 janvier 1914.

[21] 9 juin 1914.

[22] 11 juillet 1914.

[23] 23 juin 1914.

[24] Cf. notamment

[25] L’Opinion, 2 juillet 1910, cité par P. Dietschy, Le « grand match ». Le sport français entre paix et guerre (1914-1920), doctorat pour la HDR, Institut d’Etudes Politiques de Paris, tome 3, 2012.

[26] Le Monde Illustré, 31 mai & 21 juin 1919.

[27] Par exemple 3 juillet 1920.

[28] 20 septembre 1920.

[29] 24 avril et 22 juillet 1921 par exemple.

[30] La Croix, 4 juillet 1919.

[31] 19 mai 1919, 17 mai 1921, 6 & 9 juillet 1922.

[32] Successivement : 15 juin, 22 janvier, 15 avril, 9 juillet 1922. 

[33] Le Figaro, 6 février 1921.

[34] L’expression y apparaît à partir de 1896 dans la rubrique sportive pour désigner « Mademoiselle Lisette » championne de vélocipédie.

[35] Les Dimanches de la femme, 16 avril 1922.

[36] 16 & 23 août 1919, 15 juin, 2 juillet, 3 septembre 1920 

[37] En se référant à elle de façon emblématique mais en suivant une approche transnationale F. Inglis (A short history of celebrity, Princeton University Press, 2010, p. 129) nous dit que la célébrité sportive ne se conçoit encore, dans les années 1920, qu’après le il.

[38] En 1914, année où il fait la passe de trois, Decugis a déjà gagné 23 titres à Paris (simple et double).

[39] Elle compte 81 titres en simple, 73 en double dame et 87 en double mixte.

[40] Le Gaulois, 23 août 1919.

[41] 20 mars 1920.

[42] Août-septembre 1920, cité par M. R. Schpun, Les Années folles à Sao Paulo. Hommes et femmes au temps de l’explosion urbaine (1920-1929), Paris, L’Harmattan, 2007, p. 201.

[43] Les Modes, août 1923.

[44] Vainqueur de l’US Open et Wimbledon 1920, il remporte 10 titres grands Chelems, 2 Coupe Davis et un titre mondial. Il domine les années 1920-1926.

[45] 15 juin 1914.

[46] 26 janvier 1914.

[47] La majorité matrimoniale et civile est fixée à 21 ans en 1907 pour les filles et les garçons.

[48] Journal de la jeunesse, n°2170, printemps 1914.

[49] Le Matin, 6 juin 1914.

[50] La Revue hebdomadaire, septembre 1924.

[51] Les Annales politiques et littéraires, 4 septembre 1921.

[52] New York Times, 22 septembre 1921.

[53] Les Annales politiques et littéraires, 13 juin 1920.

[54] 19 mai 1921.

[55] Le Matin, 6 juin 1914, La Vie au Grand Air, 15 juin 1914.

[56] La Vie au grand air, 15 décembre 1920.

[57] Le Figaro, 12 juillet 1922.

[58] 12 octobre 1921.

[59] Les Modes. Femme de France, 19 mars 1922.

[60] 29 juin 1926.

[61] 18 août 1931.

[62] Les Annales politiques et littéraires, 6 juin 1920.

[63] 7 août 1919.

[64] 20 août 1921.

[65] 16 août 1922.

[66] 7 juillet 1921.

[67] Cité par Frantz Reichel, Le Figaro, 12 juillet 1922.

[68] Tennis, 1er novembre 1925.

[69] Les Dimanches de la femme, 16 avril 1922.

[70] Le Matin, 24 avril 1921. 

[71] Pêle-Mêle, 11 juillet 1926.

[72] L’Illustration, 14 juillet 1923.

[73] 1er juillet 1914.

[74] On notera d’ailleurs qu’une bonne partie des sportives qualifiées de championnes entre 1895 et 1914 sont des femmes qui sont liées à la fois au monde du sport et du spectacle.

[75] Le Journal, 5 juin 1926.

[76] L’Echo de Paris, 16 février 1926.

[77] 7 juillet 1921.

[78] Le Figaro 20 septembre 1922.

[79] Bauer Th, op. cit., en donne quelques extraits (p. 156-158).

[80] L’Après-midi d’un faune est donné au printemps 1912 à Paris.

[81] Pour une photographie : M. E. Davis, Classic chic. Music, fashion and modernism, Los Angeles, University of California Press, 2006, p. 198.

[82] En 1989 encore, témoin de l’imprégnation de la mémoire collective par cette figure de la danseuse du tennis, Rachel Salik présente au Festival d’Avignon une chorégraphie intitulée La Diva du tennis.

[83] Le Temps, 9 septembre 1924.

[84] Le Matin, 11 juin 1920.

[85] Le Gaulois, 28 mai 1923.