Pratiques corporelles et genre dans les camps nazis

Numéro 8 | Sport et Genre

pp. 84-99

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Doriane Gomet

Enseignante-chercheure à l’Institut de Formation en Education Physique et en Sport (IFEPSA) - UCO- Angers

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Résumé

Ancrée dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, cette étude porte sur une analyse genrée de l’emploi des pratiques corporelles comme outil de contrôle, de persécution voire d’extermination dans les camps de concentration et d’extermination nazis.

A travers les témoignages et grâce aux archives des camps, il est possible de prouver que les pratiques corporelles font intimement partie de l’arsenal répressif des gardes SS à l’encontre des déportés hommes et femmes. Cependant, suivant leur sexe et les raisons de leur déportation, les formes et fonctions des dites pratiques sont susceptibles de varier. Si, dans le cas des déportés par mesure de répression, les SS déconsidèrent hommes et femmes au point de leur ôter leur identité, les brimades les plus répandues sont distribuées en référence à certaines normes genrées: aux hommes le mouvement, aux femmes l’immobilité. Le constat est bien différent dans les camps d’extermination : les nazis ne tiennent pas compte du sexe des déportés et soumettent les femmes aux mêmes exactions que les hommes : Strafstehen (station debout prolongée) mais aussi Sportmachen (exercices physiques), "sélections" pour la chambre à gaz par les exercices physiques. Les déportées n’échappent, pour ainsi dire, qu’aux meurtres commis dans le cadre de pratiques sportives perverties, tels que les combats de boxe truqués. Cette quasi-équivalence dans les mauvais traitements engendre, par contre, des conséquences inégales en termes de survie : les femmes ne possèdent ni les mêmes capacités physiques que les hommes, ni la même culture corporelle antérieure.

Finalement, cette étude met en exergue toute la complexité des rapports que les SS entretiennent avec le genre. Elle démontre aussi que la hiérarchie des races établie par les nazis prévaut sur le genre dans l’univers concentrationnaire : les punitions sont différentes quand les déportés sont encore considérés comme des êtres humains, elles sont identiques quand ce n’est plus le cas.

Mots clés : Seconde Guerre mondiale - Nazisme - Camps de concentration - Genre - pratiques corporelles

 

Abstract: Physical exertion and gender in Nazi death camps

Rooted in the history of the Second World War, this study is a gender analysis of the use of physical exertion as a tool of control, means of repression and extermination in Nazi death camps.

Camp archives and testimonies make it possible to show that physical exertion was an integral part of the repressive arsenal used by SS guards on both male and female prisoners. Yet, depending on gender and the reasons for deportation, the forms and purposes of such physical exertion could vary. If in the case of deportation as repressive measure, the SS degraded men and women so much that they deprived them of their gender identity, the most common punishments were inflicted according to various gender norms: where men were subjected to motion, women were to motionlessness. In death camps however, things were quite different. There gender was not taken into account and women submitted to the same atrocities as men:  Strafstehen (lengthy motionless standing position), Sportmachen (physical exercises), “selection processes” for the gas chamber through physical exercises. Female inmates only escaped those murders committed during sham physical exercises such as fake boxing matches. However, this near similarity of treatment had unequal consequences in terms of survival: women had neither the same physical abilities, nor the same body culture from the pre-war period as men.

Finally, this study highlights the complex relationships SS had with gender issues, and also establishes that in the camps, the hierarchy of races established by Nazis prevailed over gender: punishments were different when inmates were still considered as human beings; they were similar when this was no longer the case.

Key-words: WWII - Nazism - Concentration camps - Deportation - Body practices - Gender

 

Resumen: Prácticas corporales y Género en los campos de concentración y de exterminación nazis

Anclado en la historia de la Segunda Guerra mundial, este estudio aborda, desde el enfoque de género, un análisis del empleo de las prácticas corporales como instrumento de control, de persecución, e incluso de exterminio, en los campos de concentración y de exterminación nazis.

A través de los testimonios y gracias a los archivos de los campos, es posible demostrar que las prácticas corporales forman parte integrante del arsenal represivo de los guardas SS contra los deportados, sean hombres o mujeres. Ahora bien, según el sexo y los motivos de la deportación, las formas y funciones de dichas prácticas pueden variar. Si bien, en el caso de los deportados por represión, los SS desconsideran a los hombres y mujeres hasta quitarles su identidad, las vejaciones más frecuentes suelen aplicarse según ciertas normas marcadas por el género: para los hombres, movimiento; para las mujeres, inmovilidad. La cosa es muy diferente en los campos de exterminio: los nazis no toman en cuenta el sexo de los deportados y someten las mujeres y los hombres a las mismas vejaciones: Strafstehen (prolongada posición de pie) o Sportmachen (ejercicios físicos), "selecciones" para la cámara de gas mediante ejercicios físicos. Las deportadas tan solo escapan de los asesinatos cometidos en el marco de prácticas deportivas pervertidas, por ejemplo los combates de boxeo amañados. Esta casi igualdad en los malos tratos tiene consecuencias desiguales en cuanto a supervivencia: las mujeres no tienen las mismas capacidades físicas que los hombres, ni tampoco la misma cultura corporal anterior.

Finalmente, este estudio pone de relieve la complejidad de las relaciones que mantenían los SS con el género. Demuestra también que la jerarquía de las razas establecida por los nazis prevalece sobre el género en el universo de los campos de concentración: los castigos son diferentes cuando los deportados todavía son considerados como seres humanos, pero son idénticos cuando deja de ser así.

Palabras Claves : Segunda Guerra mundial - Nazismo - campos de concentración y de exterminación - prácticas corporales -Género

 

Pratiques corporelles et genre dans les camps nazis

Cette contribution repose sur un double projet : répondre aux vœux de Christine Bard (Bard, 2008, 18) d’étudier de manière comparative la déportation des hommes et des femmes et tenter à l’instar de Yan Hamel (Hamel, 2005) de comprendre l’emploi du terme "sport" dans les témoignages des rescapé(e)s des camps. Elle se concentre sur les destins de Français et de Françaises déporté(e)s entre 1942 et 1945.

Afin de considérer tout à la fois les liens éventuels avec la notion de "sport" au sens large du terme (Terret, Zancarini-Fournel, 2006, 6 ; Terret, 2007, 10) mais aussi la singularité extrême du contexte, la définition des pratiques retenues est empruntée aux travaux de thèse de Doriane Gomet (Gomet, 2012, 18) : "Ensemble de pratiques ayant pour caractéristique principale la mise en jeu prioritaire du corps, dont la dominante réside dans l’effort physique, afin d’accomplir une tâche librement consentie ou au contraire sous la contrainte, et ce, en vue d’atteindre des buts définis soit par les détenus, soit par  les autorités allemandes ou leurs subordonnés". Le terme "déporté" désigne les individus qui ont été internés dans un camp de concentration nazi  (Wieviorka, 2003, 27-29 ; Bruttmann, Joly, Wieviorka, 2009) sachant qu’il convient de distinguer les déportés par mesure de persécution des déportés par mesure de répression (FMD, 2004). Les premières sont déportées pour être exterminées en raison de leur appartenance ethnique ou religieuse. Les déportés par mesure de répression sont des individus arrêtés en raison de leur opposition au régime nazi (Lescure, 2007, 162).

L’analyse prend appui sur les nombreuses publications portant sur l’histoire des camps de concentration (Brozsat, 1967 ; Wormser-Migot, 1968 ; Orth, 1999 et 2004) ainsi que les monographies de camp (Tillion, 1988 ; Fabréguet, 1999 ; Strebel, 2003 ; Benz et Distel, 2006 ; Lasik, Piper, Setkiewicz et Strzelecka, 2011). Elle se nourrit des connaissances sur la société concentrationnaire (Pingel, 1978 ; Sofsky, 1993 ; Schemmel, 2012 ; Rübener, 2013) et sur les pratiques corporelles dans les camps (Springmann 2007, Gomet, 2012). La définition retenue pour la notion de genre est celle posée par Christine Bard, à savoir une "organisation sociale différenciant et hiérarchisant les sexes ; mais aussi […] une identité sexuée à la fois imposée et choisie, mais aussi interprétée".

Bien que la majorité des structures concentrationnaires retient prisonnier une population mixte de détenus, cette mixité est très relative : les camps sont prédéterminés pour accueillir des hommes ou des femmes, la mixité n’apparait que progressivement et timidement dans l’histoire des camps. Les quartiers masculin et féminin sont séparés et les contacts entre les deux populations théoriquement interdits. Sept camps ont été choisis pour mener à bien cette étude. Le camp de Ravensbrück, ouvert en 1939 comme camp de femmes, est celui dans lequel est envoyée la quasi-totalité des femmes françaises déportées par mesure de répression (FMD, 2004, 110-117). Celles qui sont déportées par mesure de persécution sont, quant à elles, envoyées à Auschwitz. Les survivantes à la sélection initiale sont parquées à Auschwitz II dans les secteurs BIa ou BIb du camp (Strzelecka, 2011, tome 2, 199-233). Les parcours des hommes déportés par mesure de répression ont été étudiés en prenant appui sur les camps de Mauthausen (considéré comme l’un des plus meurtriers), de Dachau, de Buchenwald et de Sachsenhausen. Les camps d’Auschwitz II et III ont permis de suivre les destins des déportés masculins par mesure de persécution. Dans toutes ces structures les gardes SS peuvent être des hommes ou des femmes, mais ces derniers sont systématiquement beaucoup plus nombreux (Marsalek, 1980, 130). Une analyse de contenu de trente témoignages de Français(e)s publiés entre 1945 et 1960 (émanant pour moitié d’hommes et pour moitié de femmes) a permis de mettre à jour les typologies de pratiques corporelles à partir des descriptions des survivant(e)s. Le travail a ensuite été élargi à soixante-dix nouveaux ouvrages autobiographiques, classés suivant la place du témoin dans la société concentrationnaire (fonctions éventuellement occupées, triangle porté) et analysés en tenant compte des spécificités et écueils de ce registre de sources (Levi, 1989, 17-18, Wieviorka, 1988 ; Langer, 1977).  Il  a été étoffé  par une études d’archives (Archives nationales, Bundesarchiv Außenstelle Lichterfelde, Bureau des Archives des Victimes des Conflits Contemporains, Centre de Documentation Juive Contemporaine, musées des camps de Dachau et de Buchenwald).  Les documents des procès de Nuremberg, de Rastatt[1] et d’Auschwitz[2] ont aussi servi d’appui.

Cette étude montre que les formes et fonctions des pratiques corporelles vécues par les déporté(e)s dépendent en premier lieu, non du genre, mais de la place du détenu dans la hiérarchie concentrationnaire, elle-même en lien avec le statut que les SS confèrent aux déportés. Ceci étant, le genre constitue une variable structurante de plus en plus saillante à mesure que l’on gravit les échelons de la dite hiérarchie. Deux explications en découlent : plus le détenu s’éloigne, aux yeux des nazis, du statut d’être humain, moins le genre possède de signification. Par contre, plus les déporté(e)s possèdent de latitude et de pouvoir dans le camp et plus ils-elles renouent avec leurs pratiques sociales antérieures, elles-mêmes structurées par des normes sociales genrées. Le tableau ci-dessous résume les phénomènes mis à jour.

    dtenus  fonction

1.Punir par les exercices corporels

Les camps de concentration possèdent tous un règlement disciplinaire censé hiérarchiser les peines à infliger aux détenus, règlements reprenant les grandes lignes de celui élaboré en 1933 par Theodor Eicke[3] pour le camp de Dachau (Richardi, 1983, 119-123). Tandis que la mort attend ceux qui tentent de s’échapper, les manquements mineurs sont passibles de punitions par les pratiques corporelles : le Strafstehen et le Sportmachen. Cette régulation normative n’est cependant qu’illusoire : si les gardes se réfèrent aux types de punitions comprises dans les règlements, les raisons de leur application restent le plus souvent aléatoires et incompréhensibles pour les déporté(e)s. Leur étude prouve, par contre, que la place dans la hiérarchie concentrationnaire et le genre constituent deux variables différenciatrices et structurantes.

Punis, les hommes déportés par mesure de répression peuvent être contraints de rester debout immobiles, dehors, pendant des heures, d’où le nom allemand Strafstehen, littéralement "punition debout". Pour Pierre de Froment, déporté à Mauthausen, "bien des morts résultèrent de ces vexations" (De Froment, 2005, 104). M. Malatre, déporté à Buchenwald, se souvient du calvaire d’un de ses camarades : "Un de nos camarades était là debout, au garde-à-vous, il est condamné à rester dans cette position pendant soixante-douze heures sans pouvoir la quitter pour aucun motif[4]. Le Sportmachen (exercices de sport) est employé, certes dans une moindre mesure après 1943,  mais reste fréquent. Les déportés français de Sachsenhausen le classent comme premier niveau de sanction : "Il y a d’ abord la gymnastique du dimanche après-midi pour les cas bénins […]. (Amicale d’Orianenburg-Sachsenhausen, 1982, 135). Les déportés punis sont soumis à des successions de courses, de sauts, de reptation, de déplacements en sauts de grenouille pendant un temps indéfini. Qualifiés par les survivants de "sport" ou encore de "gymnastique", en raison, sans doute, de leurs points communs avec les exercices d’entrainement sportif ou militaire, ces exercices s’en distinguent fondamentalement au regard du nombre de répétitions et de l’intensité du travail musculaire demandé.

A Ravensbrück, ce sont surtout les punitions de Strafstehen qui ont marqué les déportées françaises. Nommé indifféremment "appel général" ou Strafstehen, ce registre de punitions est très répandu, surtout le dimanche. Maisie Renault s’en souvient : "Cet appel général était notre terreur à toutes. Beaucoup plus long que l’appel ordinaire, il durait parfois l’après-midi entier" (Renault, 1948, 58). Les déportées peuvent aussi être punies individuellement ou par petits groupes. Micheline Maurel subit ainsi les caprices d’une Blockowa[5] : "Sous le règne de Frau Schuppe, nous passions la journée du dimanche à faire du Strafstehen" (Maurel, 1957, 86). C’est en chanson que l’ethnologue française Germaine Tillion dénonce ce registre de pratiques. Elle précise que "la punition consiste à laisser les femmes debout 2 heures, 4 heures, 6 heures, et jusqu’à 24 heures de suite" (Tillion, 2007, 68). A en croire les études cliniques, ces "longues stations verticales" constituent l’une des principales causes de mortalité (Don Zimmet-Gazel, 1946, 23). Les pratiques de Sportmachen semblent avoir été, par contre, bien moins employées et ne sont que très rarement évoquées par les survivantes.

A Auschwitz, au contraire, les femmes et les hommes supportent des exactions identiques. Outre le Strafstehen qui reste une institution, les exercices de "sport" sont systématiquement employés pour venir à bout de leur résistance. Monsieur Weil en témoigne en 1946 : "Une sanction très aimée consistait à faire sautiller le malheureux accroupi sur la pointe des pieds, les genoux à la hauteur du sternum, les mains aux hanches pendant 20 à 30 mn"[6]. Alors que cette brimade est très rare à Ravensbrück, les exercices corporels punitifs font partie intégrante de l’arsenal répressif à Auschwitz II. Marie-Claude Vaillant-Couturier se rappelle : "Il y avait aussi des appels interminables jour et nuit ou bien de la gymnastique; il fallait se mettre à plat ventre, se relever, se mettre à plat ventre, se relever, pendant des heures […][7]". Pelagia Lewinska cite le cas d’une journée durant laquelle, après l’évasion d’une détenue, les femmes sont contraintes de "courir 10 km à travers un marécage" (Lewinska, 1945, 87). Madame Goetschel[8] confie : "Le ‘sport’, punition pratiquée couramment, consistait à faire courir, sauter, ramper, les détenues, exténuées et si elles s’affaissaient, relevées à coups de bâton".

De ces éléments, il est possible de faire émerger la complexité des rapports que les SS entretiennent avec les attributs sociaux de genre. S’ils déconsidèrent les déporté(e)s par mesure de répression au point de leur ôter toute possibilité de préserver les signes distinctifs de leur masculinité ou de leur féminité (identité, cheveux, soins corporels, tenue vestimentaire), s’ils les obligent à perdre leurs forces, chaque jour, dans des tâches inhumaines, s’ils battent violemment les unes et les autres, les brimades de premier niveau se construisent en respectant certaines normes sociales en vigueur dans les pratiques corporelles des sociétés civilisées d’avant-guerre (Terret, 2005, 9) : aux hommes le mouvement, aux femmes l’immobilité. Ce constat disparaît à Auschwitz : celles et ceux pour lesquels les nazis nient l’humanité subissent en effet le même traitement couplant absence de nourriture, travaux forcés à l’extérieur, Sportmachen et Strafstehen sans considération du sexe. Cette quasi-équivalence engendre, par contre, des conséquences inégales en termes de survie (Strebel, 2005, 337) : les femmes ne possèdent ni les mêmes capacités physiques que les hommes, ni la même culture corporelle antérieure (Terret, 2013 ; Froissart, 2013). Le fait de voir des femmes soumises à des exactions analogues aux leurs heurtent les déportés masculins, qui, eux-mêmes, en arrivent à renier le sexe de leurs consœurs dont ils observent la déchéance : "Durant des heures, nous assistions à cet hallucinant défilé d’êtres asexués, squelettes ambulants, véritables monstres humains" (Montégut, 1973, 50).

2. Tuer par le biais d’activités corporelles

2.1 Sélectionner par les activités corporelles

Dans les camps de concentration, le programme "14 F 13" (Orth, 1999, 114-122) renvoie à l’extermination de déporté(e)s jugé(e)s inaptes à servir le régime en raison de leur état de faiblesse. Si la mort est causée par les gaz ou une piqure de phénol, elle est précédée par une sélection rationnelle pouvant reposer sur des exercices corporels.

A Auschwitz[9], ce type d’assassinat de masse débute au printemps 1941 et se poursuit jusqu’en avril 1943 pour les non-Juifs, jusqu’en octobre 1944 pour les Juifs (Piper, 2011, 145). Ces pratiques se retrouvent dans les autres camps d’hommes, que ce soit à Mauthausen (Fabréguet, 1999, 170-171) ou Dachau (Zamecnik, 2003, 144-145) dans des proportions moindres. Si les procédés utilisés par les médecins varient, les exercices du corps trouvent place parmi les  tests  utilisés : les SS demandent aux hommes de réaliser des petits sauts, de courir ou de se mettre en position de "grenouille". Moshe Elie Garbarz, déporté à Auschwitz, se souvient d’une sélection : "[…]quand un gars était trop faible pour se tenir suivant les règles, le buste droit, les cuisses bien écartées comme une grenouille, il inscrivait son numéro sur la liste des condamnés du lendemain matin" (Garbarz, 1983, 86). Robert Frances évoque des petites courses : "Au moment des sélections, on les faisait courir sur 25 m. S’ils tombaient, ils partaient vers Birkenau pour être gazés[10]". Les femmes sont soumises à Auschwitz aux mêmes pratiques[11].  Marie-Claude Vaillant Couturier[12] comme Pelagia Lewinska (Lewinska, 1945, 84-85) ou encore M.E Nordmann (Nordmann, 1946, 142-143) mentionnent une sélection particulièrement meurtrière ayant eu lieu en février 1943. Après une journée entière durant laquelle les femmes sont contraintes de rester immobiles, debout, il leur est demandé soudainement de courir une dizaine de mètres. Toutes celles qui n’y parviennent pas sont envoyées à la mort. Ces courses semblent fréquemment employées à Auschwitz (Piper, 2011, 152). Claudette Bloch[13] comme Madame Persitz se souviennent que les médecins SS employaient cette méthode pour décider de leur sort : "[…]on les faisait défiler, en leur faisant exécuter des mouvements divers : courir 50 m, sauter un fossé[14]". Comme pour les hommes, tout échec est fatal.

Entre 1941 et 1944, les femmes déportées à Ravensbrück sont aussi susceptibles de subir des sélections, mais leur fréquence est loin d’atteindre ce qui se passe à Auschwitz[15] et l’emploi des exercices corporels ne semble pas répandu. Les nazis se réfèrent à des critères classiques, tels que "la vieillesse, la maladie, l’épuisement, le désespoir, la folie» (Tillion, 1988, 239), susceptibles de ralentir la productivité. A partir d’octobre 1944 par contre, les sélections redoublent (Strebel, 2003, 443) et les procédures se modifient. Pour choisir les futures condamnées à mort, les nazis se réfèrent à des listes préalablement constituées appelées "cartes roses" sur lesquelles sont consignés les noms des femmes s’étant volontairement manifestées pour bénéficier de conditions de travail facilitantes (Tillion, 1988, 252). Dans les faits, elles sont transférées au début de l’année 1945 dans un camp adjacent, dans lequel elles sont sous-alimentées, subissent des appels quotidiens extrêmement longs (Tillion, 1988, 253) et sont soumises à des sélections qui ne leur laissent que bien peu de chances de survie. Sans doute les rapports sociaux de sexe expliquent-ils l’adhésion de certaines femmes affaiblies à cette duperie nazie : malgré le temps passé au camp, elles ne parviennent pas à percevoir le renversement de valeur opéré par le nazisme vis-à-vis des êtres les plus faibles. Celles qui restent au camp principal sont, elles aussi, confrontées aux sélections  dont les modalités s’alignent avec les pratiques en vigueur depuis des années dans les camps d’hommes ou dans celui des femmes d’Auschwitz. En plus de l’aspect physique, les médecins procèdent à des : "[…] sélections au cours desquelles les malades doivent donner la preuve de leur aptitude à marcher en parcourant plusieurs mètres devant (eux)" (Strebel, 2003, 444), faits que confirme le livre de l’Amicale de Ravensbrück : "Quelques pas de course et l’on est mis dans le rang de droite ou de gauche" (Amicale de Ravensbrück, 1965, 190). Excepté le subterfuge des "cartes roses", les méthodes employées par les médecins pour repérer les êtres parvenus aux limites extrêmes de la survie sont communes à tous les camps, ce qui laisse supposer que le sexe n’a plus de sens aux yeux des nazis dès lors qu’il s’agit de juger de la valeur productive du corps d’un être susceptible d’être passé à l’état de Musulman (camp d’hommes) ou de Schmuckstück (camp de Ravensbrück)[16]. Analysant ce terme, Germaine Tillion confirme la désexualisation de ces détenu(es): "Le mot ne comportait pas de féminin, car le Schmückstück n’appartenait plus à une catégorie sexuée mais à celles des objets, des Stück" (Tillion, 1988, 194).

2.2 Tuer par les activités corporelles

Quand la mort des déportés n’est pas précédée d’une sélection médicale, elle peut être provoquée au cours de "jeux" organisés par les nazis, terme par ailleurs employé dans plusieurs témoignages de survivant(e)s. Cet emprunt langagier, aussi surprenant qu’il puisse être, n’est pas anodin. Confronté à un vide sémantique (Langer, 1977), hommes et femmes semblent se référer à des pratiques culturellement signifiantes, les loisirs sportifs, pour tenter de rendre compte des sévices vécues. L’étude comparative prouve que des analogies existent bien : des espaces sont identifiés, des règles établies, des équipes constituées, des tâches imposées. Certains gagnent, d’autres non. Mais au cours de ces jeux, "perdre" ne signifie rien d’autre qu’une condamnation à mort, ce qui ruine, par essence, la comparaison avec l’univers sportif. André Lacaze (Lacaze, 1978, 128-132) comme Louis Balsan (Balsan, 1973, 113) ou encore Gaston G. Charlet (Charlet, 1955, 38-43) rendent compte de "corridas" infligées aux détenus internés à Loibl-Pass durant les week-ends chômés de l’été 1943. Inventé par les Kapos, le jeu consiste à enfermer les prisonniers dans une zone définie puis à lancer une sorte de chasse à l’homme à coups de schlague. Ceux qui sortent du périmètre autorisé sont abattus par une sentinelle allemande. A Auschwitz, Moshe Elie Garbarz relate des "jeux" durant lesquels les SS forcent les détenus à effectuer des sortes de relais en passant entre des gardes armés de gourdins (Garbarz, 1983, 130-131).

Si de telles pratiques n’ont pas été repérées à Ravensbrück, il en est tout autre dans le camp de femmes d’Auschwitz. Pelagia Lewinska décrit une sorte de course d’obstacle durant laquelle les femmes doivent transporter de la terre en passant entre les gardes armés de gourdins ou de pelles (Lewinska, 1945, 105-106). Une scène analogue est décrite par Macha Ravine : le transport de terre, les allers et retours en courant entre les SS et détenues à responsabilité qui frappent sans discontinu (Ravine, 1946, 114-115). Parfois, certaines séances de "jeux" n’ont pas d’autres buts que de procéder à une exécution massive. La scène que décrit Eva Tichauer au début du mois de décembre 1942 s’apparente à une véritable course contre la mort. Ce jour-là, les SS rassemblent toutes les détenues puis forment un long couloir en se déployant en deux longues lignes parallèles, les uns armés de gourdins, les autres de cannes. Ils demandent alors aux déportées de courir au milieu de cette double haie :

"Avec leurs cannes recourbées, les SS de gauche attrapent leurs victimes par le cou et n’ont aucun mal à les faire tomber. Aussitôt les SS de droite les font se relever à coups de trique ou de fouet pour les chasser du rang. Sur celles qui n’arrivent pas à se redresser se jette à mains nues une arrière garde en uniforme pour les traîner hors course et former un verrou entre la course pour la vie et les éliminées ainsi de la vie" (Tichauer, 1988, 182-183).

Cette procédure tout aussi meurtrière que perverse est en vigueur dans les camps d’hommes de Mauthausen et d’Auschwitz mais aussi à Auschwitz II dans le camp des femmes : une fois encore, quand il s’agit de tuer un être ayant perdu aux yeux des geôliers tout attribut d’humanité, le sexe n’est plus considéré comme une variable. Confronté au désir de témoigner, les survivant(e)s, qu’ils soient hommes ou femmes, tentent de combler l’absence de vocabulaire en usant de références familières (Young, 1988, 88) communes et qui, ici, renvoient aux jeux corporels sportifs.

3. Se divertir et résister grâce aux activités corporelles

A côté des pratiques imposées par les nazis et leurs subordonné(e)s, les déporté(e)s sont susceptibles d’avoir mis en place des activités physiques de leur propre gré. Ces dernières n’apparaissent que lorsque le détenu possède encore suffisamment de ressources physiques et mentales, et ce, soit parce qu’il fait partie des hautes castes de la société concentrationnaire, soit parce qu’il est parvenu à se constituer une bulle de survie au moins temporairement efficace[17]. Dans les deux cas, ces activités portent les traces des stéréotypes de genre existant à l’extérieur des camps.

Pour l’immense majorité des hommes et des femmes, le statut de déporté est synonyme de perte d’identité, de coups, de punitions, de travail forcé, de mort. Pourtant, un petit nombre de détenu(e)s possède des conditions de vie totalement différentes. Choisi(e)s par les SS pour occuper des fonctions dans le camp (fonctions de surveillance, administratives ou fonctions à l’hôpital des détenus), ils et elles jouissent en retour de privilèges parfois immenses leur permettant, suivant leur place effective, de renouer avec tout ou partie de leur identité genrée : "On leur donne immédiatement d’autres vêtements ; une robe (privilège des détenues non juives), un fichu, des chaussures»[18] se souvient ainsi Madame Kagan lorsqu’elle est recrutée pour travailler dans les services administratifs d’Auschwitz II. Robert Waitz, déporté lui aussi à Auschwitz, en témoigne pour les hommes : "Ils (les SS) les autorisent parfois à laisser pousser leurs cheveux, et suprême récompense, dans des cas exceptionnels à porter une culotte de cheval et des bottes de cavaliers" (Waitz, 1996, 479). Les SS complètent cette palette d’avantages en autorisant certaines activités récréatives. Dans les camps d’hommes de Dachau, Buchenwald, Mauthausen ou Flossenbürg, des équipes de football ou de basket sont constituées : "Pourtant, il en est qui vivent ! N’y a-t-il pas concert le dimanche sur la place d’appel ? […] Il y a aussi des équipes qui se disputent des matchs de basket". (Beschet, 1946, 186). Le musée de Dachau possède les traces de ces pratiques : un règlement officiel de football, une coupe en bois et les témoignages de quelques survivants[19] ayant pris part aux matches organisés. Certains détenus défavorisés apprécient assister à ces joutes sportives : tel est le cas de Serge Smulevic[20] à Auschwitz III ou encore  de Lucien Delance à Dachau : "Le repas fini, nous allons regarder une partie de football sur la place"[21]. Des activités culturelles sont aussi organisées dans les camps de femmes, telles que les danses, les chants ou les sketches, comme le met en évidence Odette Abadi à Auschwitz (Abadi, 1995, 61),  mais ni la pratique de sport, ni les spectacles sportifs ne sont mentionnés : les "loisirs" concentrationnaires féminins se résument, même pour les plus avantagées, à des activités d’intérieur, dans l’intimité des chambres et n’ont pas la visibilité des rencontres sportives des camps d’hommes. Il semble donc bien que les critères d’effort physique, de compétition (Davisse, Louveau, 1998, 49) et d’intérieur-extérieur (Bourdieu, 1998, 15-17) qui fonctionnent comme éléments différenciateurs et ségrégatifs des pratiques féminines et masculines dans la société de l’entre-deux-guerres soient tout aussi saillants dans les camps : les activités autorisées par les SS pour s’assurer d’un contrôle subtil, insidieux, des corps de leurs subordonné(e)s portent les traces des attributs sociaux de genre.

Dans certains cas, une infime parcelle de liberté suffit à certains déporté(e)s pourtant défavorisés pour organiser quelques bribes d’activités. Si les chants en catimini, les cours récités à voix basse dans les Blocks, l’apprentissage des langues étrangères font partie de cette résistance à la déshumanisation (Amicale de Ravensbrück, 1965, 237-242), les marches volontaires derrière les barbelés en constituent un aspect non négligeable. Jorge Semprun insiste sur la fonction sociale et prophylactique des "promenades" auxquelles il s’astreint volontairement et qu’il nomme "hygiéniques" (Semprun, 2001, 222). Simone Saint-Clair se souvient qu’elles font "du bien" (Saint-Clair, 1945, 90). Dominique Gaussen s’adonne à quelques mouvements de "gymnastique" à l’abri des regards (Gaussen, 1966, 18). Le critère de genre s’efface ici devant une volonté de survivre commune aux deux sexes, mais il se manifeste par contre dans les formes de sociabilité sous-jacentes, plus politisées dans les camps d’hommes et davantage construites sur la solidarité chez les femmes (Tillion, 1988, 212-213).

Conclusion

Les exercices du corps sont utilisés dans tous les camps de concentration, mais leurs fonctions fluctuent entre contrôle (subtil ou direct) des corps et extermination de ces derniers suivant la place occupée par le (la) détenu(e) dans la hiérarchie concentrationnaire.  Lorsque le statut du détenu se rapproche de celui d’un être humain aux yeux des nazis, le genre semble être un critère significatif pour construire les exercices de contrôle disciplinaire des corps féminins et masculins : des différences apparaissent donc, en rapport avec des normes sociales classiques : aux hommes la visibilité, la compétition, le mouvement ; aux femmes, les pratiques discrètes, l’immobilité. Par contre, dès lors qu’un(e) déporté(e) perd ce statut, le genre perd de facto sa signification et les exercices d’extermination rationnelle ou les jeux sadiques s’avèrent indifférenciés.

L’expliquer reste délicat. Il convient toutefois de noter que, si les gardes des camps sont en grande majorité des hommes, Ravensbrück est celui qui compte le plus de femmes - environ 35% des gardes- (Maršálek, 1980,130). Or ces dernières possèdent une formation singulière, différente de celles de leurs homologues masculins (Strebel, 2003, 65) et ont un pouvoir important sur les détenues, ce qui peut éclairer une spécificité genrée des pratiques corporelles punitives. Dans tous les autres camps, la proportion de gardes masculins est systématiquement dominante et ces derniers sont rompus à l’emploi des méthodes de T. Eicke concernant les pratiques punitives. Ils sont en outre eux-mêmes baignés dans la culture sportive de l’Allemagne nazie (Bernett, 1966), ce qui peut, au moins en partie, expliquer qu’ils aient permis aux détenus privilégiés masculins de s’adonner au sport. Les pratiques en découlant sont, dès lors, utilisées tout à la fois comme des récompenses mais aussi des outils disciplinaires (au sens foucaldien du terme) en contrepartie de la participation des détenus à l’entreprise de destruction méthodique des êtres humains.

Une étude plus approfondie des sources allemandes, notamment des directives données par le RSHA aux différents commandants des camps et les formations reçues par les gardes, permettrait de mieux comprendre les faits ici dégagés. Ce travail ne pourra cependant pas pallier le principal écueil des recherches sur le système concentrationnaire : l’utilisation quasi exclusive de témoignages émanant d’individus, qui étant survivants, constituent par définition des exceptions.

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[1] Les archives de ce procès sont détenues par le centre des archives diplomatiques situé à la Courneuve.

[2] Les archives sont disponibles sous forme de DVD : Der Auschwitz-Prozeβ, Digitale Bibliottek, 2005.

[3] AGDa, n° 3213 ; TMI, vol. XXVI. PS-778. „Disziplinar u. Strafordnung für das Gefangenenlager“.

[4] AN, 72aj/323. Témoignage de M. Malartre transmis au Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale par M. Ruby, sd.

[5] Nom donné par les déportées aux détenues à fonction à Ravensbrück.

[6] AN, 72aj/318. M Weil, De la guerre aux renversements des valeurs, discours prononcé en juillet 1946.

[7] TMI, Vol. VI. Témoignage de Marie-Claude Vaillant Couturier, 28 janvier 1946.

[8] AN, 72aj/318. Témoignage de Madame Goetschel recueilli le 26 mai 1952 par Madame Mascomère pour le Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale.

[9] Ce programme ne doit pas être confondu avec les sélections opérées à l’arrivée des trains. Il ne concerne que les détenus ayant pénétré dans l’enceinte d’Auschwitz.

[10] AN, 72aj/318. Témoignage de Monsieur Robert Frances recueilli par Mme Wormser-Migot pour le Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale le 28 avril 1956.

[11] TMI, Vol. XXXVII, doc. 274-F. Rapport du Ministère des prisonniers et déportés sur la déportation et les mauvais traitements, p. 171-172.

[12] TMI, Vol. VI. Témoignage de Marie-Claude Vaillant Couturier, 28 janvier 1946, p. 216.

[13] AN, 72aj/ 318. Procès-verbal d’audition de Mme Bloch le 12 juin 1945 par le lieutenant-colonel Badin chargé de mission à la direction du service de recherches des crimes de guerre, p. 9-10.

[14] AN, 72aj/318 Témoignage de Mme Persitz recueilli par Melle Routis le 30 octobre 1951 pour le Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, p. 13.

[15] Il s’agit de petits transports de 50 à 70 femmes qui se succèdent deux à trois fois par mois jusqu’à l’été 1944.

[16] Ces termes, utilisés par les déportés, qualifient un détenu « épuisé d’une façon irréversible, à bout de forces, voisin de la mort ». (Levi, 1989, 97).

[17] Cette contribution ne peut traiter ici de la totalité des cas ni de l’extrême complexité du concept de « zone grise » proposé par Primo Levi (Levi, 1989, 36-68). Il n’en demeure pas moins que, parmi ces déportés privilégiés, d’aucuns utilisent leur statut pour leur seule survie, d’autres mettent leurs avantages au service de la communauté, d’autres, enfin, imitent leurs geôliers et participent à l’extermination de leurs co-détenus. Cette remarque vaut tant pour les camps d’hommes que pour les camps de femmes.

[18] AN, 72aj/318. Témoignage de Mme Kagan recueilli le 13 novembre 1951 par Melle Routis pour le Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, p. 17.

[19] GDa, Dossier A. 3401. « Kulturelle Aktivitäten ».

[20] Témoignage de Serge Smulevic réalisé à Onglet le 25 mai 2006.

[21] AN, 72aj/325. Témoignage de Lucien Delance recueilli par le colonel Roche, sd, p. 12.