Réputation de l’arbitre et intentions agressives en basket-ball : effet modérateur du sexe des joueurs?

Numéro 8 | Sport et Genre

pp. 31-46

>>> PDF <<<

Geneviève Cabagno

Maîtresse de Conférences HDR - Laboratoire VIP&S (EA 4636) - Université Européenne de Bretagne, Rennes 2
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Olivier Rascle

Maître de Conférences - Laboratoire VIP&S (EA 4636) - Université Européenne de Bretagne, Rennes 2
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

David Le Foll

Maître de Conférences - Laboratoire VIP&S (EA 4636) - Université Européenne de Bretagne, Rennes 2
Nicolas Souchon
Maître de Conférences - Laboratoire CeRSM EA 2931 - Université de Paris Ouest Nanterre
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
Résumé

L’objectif principal de la présente étude était d’analyser l’influence des informations liées à la sévérité de l’arbitre sur les intentions agressives de nature instrumentale de joueurs de basket-ball. Un second objectif consistait à analyser un possible effet modérateur du sexe des pratiquants. 47 joueurs et 38 joueuses de basket-ball ont participé à l’étude. Deux situations duelles (défense lors d’un tir adverse ou lors d’un rebond), présentées au moyen de scenarii hypothétiques, leur ont été proposées. Des informations relatives à la réputation de l’arbitre (sévère vs permissif) et aux décisions prises par celui-ci en début de rencontre (sévères vs permissives), convergentes ou contradictoires avec la réputation, étaient fournies dans les scenarii (mesures répétées). Les intentions agressives (retenir fermement par le bras, bousculer franchement) étaient mesurées sur une échelle en 5 points. Les résultats ont révélé un effet principal des informations relatives au niveau de sévérité de l’arbitre ; les intentions agressives les plus élevées ont été obtenues lorsque des informations convergentes sur sa permissivité étaient apportées (réputation et situation). Elles étaient également plus élevées lorsque la réputation sévère était contredite que lorsque la réputation permissive était contredite. Enfin, les pratiquants présentaient des intentions agressives plus élevées que les pratiquantes uniquement lorsque la réputation sévère de l’arbitre était contredite. Lorsque les informations concernant la sévérité de l’arbitre étaient contradictoires, l’utilisation des informations situationnelles semblait privilégiée, particulièrement par les joueurs masculins.

Mots clés : Arbitre - Basket-ball - Intentions agressives - Réputation  - Sexe

Abstact

The main objective of this study was to analyze the influence of information related to the severity of the referee on the instrumental aggressive intentions of basketball players. A second objective was to analyze the possible moderating effect of gender of the players. 47 male and 38 female basketball players have participated in the study. Two dual situations (defense when an opponent was shooting or when a bounce occurred), presented using hypothetical scenarios, have been proposed to the participants. Information referring to referee’s reputation (severe vs. lenient) and decisions made early in the game (severe vs. lenient), consistent or not with reputation, were provided in the scenarios (repeated measures). Aggressive intentions (hold firmly by the arm, pushing) were measured on a 5-point scale. The results revealed a main effect of information about referee’s severity; the highest aggressive intentions were obtained when consistent information on its permissiveness was proposed (reputation and situation). They were also higher when severe reputation was contradicted than when the permissive reputation was contradicted. Finally, male players had higher aggressive intentions than female players, but only when severe reputation of the referee was contradicted. When information about the severity of the arbitrator was inconsistent, the use of situational information seemed favored, particularly by male players.

Keywords : Referee - Basketball - Aggressive intentions - Reputation  - Gender

Resumen

El objetivo principal de este estudio fue analizar la influencia de la información relacionada con la severidad del árbitro sobre las intenciones agresivas de carácter instrumental de los jugadores de baloncesto. Un segundo objetivo fue analizar el posible efecto moderador del genero de los deportes. 47 jugadores y 38 jugadoras de baloncesto han participado en el estudio. Se han propuesto dos situaciones duales (tiro de un oponente y rebote después de un tiro), que se presentan por medio de escenarios hipotéticos. Información sobre la reputación del árbitro (severa vs permisiva) y las decisiones tomadas por él al principio del juego (grava vs permisiva), convergiendo o contradictoria con la reputación, se proporcionaron en los escenarios (medidas repetidas). Intenciones agresivas (sostener firmemente por el brazo, empujando con franqueza) se midieron en una escala de 5 puntos. Los resultados revelaron un efecto principal de información sobre el nivel de gravedad del árbitro; se obtuvieron las más altas intenciones agresivas cuando la información convergente en su permisividad se hicieron (la reputación y el estado). Ellos también fueron más altos cuando la reputación grave se contradice cuando se contradecía la reputación permisiva. Por último, los jugadores tuvieron mayores que los jugadoras sólo intenciones agresivas cuando se contradijo severa árbitro reputación. Cuando la información sobre la severidad del árbitro fueron contradictorios, el uso de información privilegiada situación parecía especialmente por los jugadores masculinos.

Palabras Claves: Árbitro - Baloncesto - Género - Agresivo intenciones - Reputación

I. Introduction

Nul besoin d’être un observateur averti pour constater que les pratiquants de sports collectifs ne respectent pas toujours les règles constitutives de l’activité. Messner (1990, 203) affirme d’ailleurs que "dans la plupart de nos sports populaires, l’atteinte de l’objectif (marquer des buts et gagner) est fondée sur une utilisation efficace de la violence". Shields (1999) montre également qu’un pourcentage élevé de joueurs considère que l’intimidation (59%) et la violence (29%) font partie du jeu et constituent des outils efficaces pour être performants. Dans la littérature scientifique, l’agression sportive se définit comme un comportement, verbal ou physique, transgressant le règlement de l’activité considérée et émis avec l’intention de causer un dommage, physique ou psychologique, à une autre personne (Tenenbaum, Stewart, Singer & Duda, 1996). La plupart du temps, le motif principal lié à l’utilisation de tels comportements est simple : être performant (Carpenter & Yates, 1997). Mais cette relation entre agression et performance concerne essentiellement l’agression instrumentale, dont le but principal est d’obtenir un avantage, quel qu’il soit.

L’arbitre, en tant que garant de l’équité sportive mais également du respect de l’intégrité physique et mentale des joueurs, apparaît comme un personnage central dans la régulation de tels comportements (Cabagno & Rascle, 2012). Pourtant, en dépit du fait que justice et impartialité soient attendues de sa part (Dosseville & Garncarzyk, 2007), les arbitres ne sont pas insensibles aux caractéristiques des pratiquants auxquels ils sont confrontés. De la même façon, ils représentent des sources d’information pour les joueurs, tant au regard des croyances qu’ils peuvent activer avant même les rencontres que des comportements qu’ils adoptent ou des décisions qu’ils prennent en court de jeu. Ainsi, certains arbitres ont la réputation d’être sévères vis-à-vis de l’utilisation de comportements transgressifs, d’autres plus permissifs. Pour autant, cette réputation peut être confirmée ou contredite en situation de jeu. Le premier objectif de la présente étude est précisément d’analyser l’influence des informations liées à la sévérité de l’arbitre sur les intentions agressives de nature instrumentale de joueurs de basket-ball, et plus particulièrement l’importance de la cohérence de ces informations. En effet, si les joueurs cherchent à être les plus performants possibles, y compris en utilisant des comportements illicites, cet objectif de performance est également valable pour les arbitres qui cherchent principalement à faire respecter efficacement les lois du jeu et à protéger l’intégrité physique et mentale des joueurs. Mieux connaître les stratégies adoptées par les joueurs permettrait d’orienter les stratégies des arbitres et de les aider dans leurs interventions.

Les travaux consacrés à l’agression sportive ont également mis en évidence que les hommes tendent à davantage légitimer et utiliser de tels comportements que les femmes (Cabagno & Rascle, 2012). En conséquence, joueurs et joueuses de basket-ball pourraient accorder une importance différente aux informations liées à la sévérité de l’arbitre lorsqu’il s’agit d’envisager la mise en œuvre de comportements transgressifs en situation de jeu. Dès lors, si l’influence des informations liées à la sévérité de l’arbitrage était avérée, un second objectif de l’étude consistera à analyser un possible effet modérateur du sexe des pratiquants. En effet, il paraîtrait alors judicieux d’adapter les stratégies d’arbitrage à la population cible afin, une fois de plus, que l’arbitrage proposé soit le plus efficace possible.

A. Arbitrage et comportements agressifs

Lorsqu’il est question d’expliquer la mise en œuvre de comportements agressifs par les joueurs au cours de la pratique des sports collectifs, l’accent est souvent mis sur des variables dispositionnelles (par exemple, les buts motivationnels, Rascle & Coulomb-Cabagno, 2003), contextuelles (par exemple, le niveau institutionnel de pratique, Coulomb-Cabagno & Rascle, 2006), ou situationnelles (par exemple, l’état du score, Rascle, Traclet, Souchon, Coulomb-Cabagno & Petrucci, 2010). Quelques études se sont également penchées sur l’influence qu’exerce l’entraîneur dans le rapport que ses joueurs entretiennent avec la règle et sa transgression (Rascle, Coulomb-Cabagno & Delsarte, 2005).

L’arbitre, unanimement reconnu comme étant celui qui juge de l’application de la règle, est pourtant peu présent dans les recherches consacrées à cette problématique. Utilisant une méthode d’observation directe, Avanzini et Pfister (1994) ont comparé la fréquence des comportements agressifs de nature instrumentale émis par les joueurs de football lors des Coupes du monde 1986 et 1990. Si les règles constitutives de l’activité étaient identiques pour les deux événements, les règles normatives quant à elles avaient été modifiées, les arbitres ayant été préalablement invités à se montrer plus stricts dans l’application du règlement lors de la Coupe du monde de 1990. Les résultats montrent que les comportements d’agression ont été moins fréquents et que les arbitres ont proportionnellement été plus sévères lors de la Coupe du monde 1990 que lors de celle de 1986. Comme le soulignent Crawford, Stuart, Smith, et Brennan (2004, 32), "les arbitres jouent un important rôle éducatif dans le développement des joueurs en faisant respecter systématiquement les règles du jeu. Un arbitrage incohérent, au contraire, favorise l’agression et contribue à la violence"[1].

Les pratiquants eux-mêmes déclarent tenir compte des comportements et décisions de l’arbitre en situation de jeu dans leur rapport à la règle et à sa transgression. Ainsi, par exemple, Shapcott, Bloom et Loughead (2007) ont mis en évidence que les joueuses de hockey sur glace choisissaient d’être agressives ou non en fonction des décisions arbitrales préalables. De même, les joueurs de football reconnaissent émettre plus de comportements agressifs quand ils sont confrontés à un arbitrage permissif (Traclet, Romand, Moret & Kavussanu, 2011). Les entretiens semi-directifs passés auprès des joueurs et construits sur la base d’enregistrements vidéo de comportements antisportifs mis en œuvre par les joueurs interviewés ont mis en évidence que ceux-ci justifiaient leurs actes en déplaçant la responsabilité sur l’arbitrage, et ce d’autant plus dès lors qu’il s’agissait de comportements agressifs de nature instrumentale. Au regard de ces résultats, les comportements et décisions de l’arbitre en situation de jeu apparaissent comme une variable susceptible d’impacter les décisions des joueurs relatives à la mise en œuvre (ou non) de comportements transgressifs.

Pour autant, jugements et décisions ne s’élaborent pas seulement sur la base de l’activité réelle d’un individu. Ils émanent également des connaissances antérieures développées à propos de celui-ci (Bless, Fiedler & Strack, 2004 ; Fiske & Taylor, 1991). Le rôle joué par les connaissances antérieures serait d’autant plus important dans l’élaboration des jugements et des intentions que les situations vécues présentent une incertitude élevée et qu’elles interviennent sous une pression temporelle forte. L’individu aurait recours à des heuristiques de jugement afin de gérer le plus efficacement possible cette situation contraignante (Devine, 1989). Les sports collectifs présentent toutes les caractéristiques requises pour que ces éléments de réflexion soient pris en considération : pression temporelle permanente, incertitude très élevée au regard de la présence de partenaires, d’adversaires, d’arbitres. Souchon, Cabagno, Traclet, Dosseville, Livingstone, Jones et Maïo (2010) ont montré que les arbitres mobilisaient des connaissances relatives aux pratiquants, notamment des stéréotypes liés au sexe des joueurs, pour prendre leurs décisions. Dès lors, il nous parait pertinent de nous interroger sur le rôle de ces connaissances dans les décisions prises par les joueurs quant à la mise en œuvre, ou non, de conduites agressives.

B. Entre réputation et prises de décisions en situations de jeu : l’arbitre en question

De nombreuses études se sont intéressées à l’influence de stéréotypes ou de croyances relatives à un groupe social particulier sur les jugements et intentions des individus à leur égard. En revanche, les études sont moins nombreuses dès lors qu’il s’agit d’investiguer l’influence de croyances relatives à un individu spécifique, telles que la réputation par exemple. En contexte académique, Babad, Kaplowitz et Darley (1999) ont montré que la réputation d’un enseignant influence l’évaluation que font les étudiants à son encontre. Plus précisément, il est évalué plus négativement quand il a la réputation d’être un individu froid plutôt que chaleureux. De même, Griffin (2001) et McNatt (2010) ont  mis en évidence que les étudiants qui évaluent la réputation d’un enseignant de façon négative jugent également ses cours plus négativement en terme d’apprentissage que les étudiants ayant évalué préalablement la réputation de l’enseignant de manière positive. Si quelques travaux se sont intéressés à l’influence de la réputation des pratiquants sportifs sur le jugement et les décisions arbitrales (par exemple, Findlay & Ste Marie, 2004 ; Jones, Paull & Erskine, 2002), aucune étude, à notre connaissance, n’a encore été conduite afin de vérifier si ces pratiquants étaient eux-mêmes influencés par la réputation d’un arbitre lorsqu’ils prennent une décision en situation de jeu, notamment lorsqu’il est question d’utiliser ou non un comportement transgressif.

Toutefois, si l’influence de la réputation d’un individu sur les évaluations et jugements futurs semble indéniable, cette influence n’est pas nécessairement de la même ampleur selon les conditions. En effet, Babad et al. (1999), dans le cadre de l’évaluation des enseignants, ont par exemple révélé que l’effet de la réputation de l’enseignant (froid ou chaleureux), effectif quand l’évaluation est faite immédiatement après la présentation des informations liées à la réputation, a tendance à diminuer lorsque l’évaluation a lieu 30 minutes après l’apport de ces informations, et encore davantage lorsque l’évaluation a lieu à la fin du semestre, c’est-à-dire lorsque les interactions entre enseignant et élèves peuvent permettre d’infirmer cette réputation. D’autre part, MacRae, Hewstone et Griffiths (1993) concluent leur travail en affirmant que les individus utilisent prioritairement leurs croyances (stéréotypes) quand les informations situationnelles sont cohérentes avec celles-ci, notamment quand la charge cognitive est trop importante. En revanche, si les informations situationnelles s’avèrent incohérentes avec les connaissances antérieures, les informations situationnelles deviennent prépondérantes, mais seulement si le sujet dispose du temps et des ressources nécessaires. Si le temps est trop contraint, les connaissances liées aux stéréotypes restent alors largement mobilisées. Pour Fiedler et Bless (2001), les connaissances antérieures seraient activées et utilisées de façon prépondérante dès lors que les informations situationnelles s’avèrent contradictoires avec ces dernières. Cherchant à vérifier cela, Buchert, Laws, Apperson et Bregman (2008), ont conclu que les étudiants considéraient les informations situationnelles comme plus importantes que les informations liées à la réputation de l’enseignant quand ils devaient évaluer celui-ci. Selon McNatt (2010), au contraire, l’effet de la réputation négative de l’enseignant perdure quand bien même des informations contradictoires avec celle-ci sont ensuite disponibles pour les étudiants lors de leur confrontation réelle avec celui-ci au cours du semestre. Ainsi, si les jugements portés à l’encontre d’un individu semblent dépendre en partie de la réputation de celui-ci, ces jugements ne sont pas nécessairement du même ordre dès lors que les "juges" sont confrontés directement à la personne.

Dans le cadre sportif, à notre connaissance, aucune étude n’a encore été conduite afin de vérifier si des informations convergentes ou divergentes entre réputation et informations situationnelles pouvaient impacter différemment les intentions des pratiquants. C’est le premier objectif de cette étude, concernant plus précisément les intentions des joueurs de se conduire agressivement. En effet, un arbitre peut avoir la réputation d’être sévère mais ne pas présenter un comportement allant dans ce sens en situation de jeu lors d’une rencontre donnée. De même, les croyances qu’un joueur peut avoir sur la permissivité d’un arbitre peuvent être en contradiction avec le comportement effectif de cet arbitre en situation réelle. La question se pose de savoir si les joueurs tiennent compte de ces informations diverses. Néanmoins, les résultats des études précédemment mentionnées et menées en contexte académique ne présentant pas de résultats consistants, aucune hypothèse en lien avec cet objectif ne peut être exprimée.

C. Sévérité de l’arbitre et intentions agressives : un effet modulé selon le sexe des joueurs?

La littérature scientifique consacrée aux différences hommes-femmes concernant l’utilisation de comportements agressifs en contexte sportif apparaît comme relativement concordante. Utilisant une méthode d’observation directe, Pfister et Sabatier (1994) ont montré que les pratiquants masculins de handball émettaient davantage de comportements agressifs que leurs homologues féminines, quelle que soit la catégorie d’âge considérée. Toutefois, selon Coulomb-Cabagno et Rascle (2006), cette différence d’agressivité entre hommes et femmes n’est pas aussi marquée selon le type de pratique (différence plus importante en football qu’en handball) et selon le niveau de pratique considérés. La différence d’agressivité entre pratiquants et pratiquantes est moins importante dans la pratique de haut niveau, et ce plus particulièrement dans la pratique du handball. Cette différence de conduites agressives entre sportifs et sportives est souvent expliquée au regard des différences de motivation qui animent les différents protagonistes. En effet, plusieurs études ont montré que, d’une façon générale, les sportifs masculins étaient plus largement orientés vers des buts motivationnels de performance que leurs homologues féminines (Kavussanu & Roberts, 2001 ; Sage & Kavussanu, 2007), ces orientations motivationnelles mettant en exergue les finalités compétitives, de comparaison sociale et le résultat plutôt que la manière de procéder. Or, les buts motivationnels de performance prédisent positivement la mise en œuvre de ces conduites (Kavussanu, Seal & Phillips, 2006), notamment pour les comportements agressifs de nature instrumentale (Rascle, Coulomb & Pfister, 1998 ; Rascle & Coulomb-Cabagno, 2003).

Cette différence entre agressivité masculine et féminine peut également s’expliquer par les différences d’arbitrage qui sont mises en évidence en sports collectifs. Ainsi, selon Coulomb-Cabagno, Rascle et Souchon (2005) ou encore Souchon, Coulomb-Cabagno, Traclet et Rascle (2004), les arbitres se montrent plus sévères à l’encontre des pratiquantes féminines que des pratiquants masculins. Cette différence est plus particulièrement significative pour les comportements agressifs de nature instrumentale. Bien que mettant en œuvre moins de conduites agressives instrumentales que les garçons, les filles sont, proportionnellement, davantage sanctionnées. Compte tenu de cet état de fait (les arbitres sont généralement sévères à leur égard), les pratiquantes peuvent s’attendre à ce que l’arbitrage pratiqué lors d’une rencontre reflète cette tendance générale, ces attentes étant développées sur la base d’expériences vécues. Se conduire agressivement renvoie pour les pratiquantes féminines à un coût plus important que pour les pratiquants masculins du fait du risque de sanction plus élevé. Le second objectif de l’étude consistera donc à analyser un possible effet modérateur du sexe des pratiquants. L’influence des informations liées à l’arbitre sur les intentions agressives, si elle est réelle, est-elle différente pour les pratiquantes que pour les pratiquants de basket-ball ? Au regard des études précédemment évoquées, nous émettons l’hypothèse que les joueuses seront moins sensibles que les joueurs à des informations liées à la sévérité de l’arbitre et qu’elles seront notamment plus "résistantes" à des informations pouvant contredire ces attentes de sévérité, ou moins promptes à les prendre en considération que les garçons.

II. Méthodologie

A. Participants

Quatre vingt six pratiquants de basket-ball (47 hommes, M âge = 25 ans, ± 7.02; M nombre d’années de pratique = 14 ans, ± 5.6, et 39 femmes, M âge = 25.2 ans ± 6.7; M nombre d’années de pratique = 13.9, ± 4.8), appartenant à neuf équipes évoluant dans le championnat de niveau régional dans l’ouest de la France, ont accepté de participer à l’étude. Ils se répartissaient entre étudiant(e)s (52.4%), salarié(e)s (45.4%), et personnes sans emploi (2.2%). Trois hommes et une femme avaient refusé de participer.

B. Procédure

Le consentement des entraîneurs a été sollicité et obtenu au préalable, tout comme celui des joueurs. La procédure de l’étude a été standardisée de telle sorte que chaque joueur(euse) a été interrogé(e) avant le début d’un entraînement, deux jours avant une rencontre de championnat jouée à domicile. Lors de cette séance, il était indiqué aux joueur(euse)s volontaires que l’étude portait sur deux situations duelles (défensives), présentées au moyen de scenarii hypothétiques sur un questionnaire, mais auxquelles ils(elles) étaient susceptibles d’être ou d’avoir été confronté(e)s lors des rencontres de basket-ball. La durée moyenne de passation était d’environ six minutes.

C. Questionnaire

Afin d’identifier a) quelles situations défensives étaient les plus susceptibles de favoriser l’utilisation de comportements agressifs, et b) quels types de comportements agressifs étaient les plus à même d’être mis en œuvre dans ces situations, une enquête préalable à la présente étude a été réalisée auprès de 12 basketteurs ayant les mêmes caractéristiques que la population étudiée. Les résultats de cette enquête ont montré que les situations de tir ou de rebond sont celles le plus souvent citées comme étant "à risque" et que dans ces situations, les comportements de percussion ou de rétention du bras sont les plus à même d’être utilisés. Ces données ont permis d’élaborer le questionnaire utilisé dans cette étude.

Les deux situations duelles présentées dans le questionnaire étaient contextualisées de la manière suivante : "Lors d'une rencontre de championnat de basket-ball (en milieu de saison), vous êtes en défense suite à une attaque placée adverse". La première situation duelle, "vous tentez d’empêcher un(e) adversaire direct(e) de tirer à 3 points", puis la seconde, "vous êtes à la lutte au rebond avec un(e) adversaire direct(e) pour récupérer la balle", étaient ensuite présentées.

Pour chacune de ces deux situations, des informations relatives à la sévérité de l’arbitre étaient alors proposées. Ces informations renvoyaient d’une part (a) à la réputation de l’arbitre (sévère vs permissif) et d’autre part, (b) à des informations situationnelles en lien avec les décisions prises par cet arbitre au cours du début de la rencontre (sévère vs permissif), ces dernières pouvant être soit convergentes, soit contradictoires avec la réputation. Au final, quatre conditions se répartissaient donc, de la façon suivante :

- Informations convergentes : réputation sévère confirmée (RSConf) ou réputation permissive confirmée (RPConf) : "l’arbitre de la rencontre a la réputation d’être particulièrement sévère / permissif et les 10 premières minutes de jeu vous laissent penser qu’il est effectivement plutôt sévère / permissif".

- Informations contradictoires : réputation sévère contredite (RSContre) ou réputation permissive contredite (RPContre) : "l’arbitre de la rencontre a la réputation d’être particulièrement sévère / permissif mais les 10 premières minutes de jeu vous laissent penser qu’il est plutôt permissif / sévère".

Enfin, pour chacune des deux situations duelles et des quatre conditions relatives aux informations liées à la sévérité de l’arbitre, les participant(e)s devaient indiquer leur intention d’utiliser un comportement agressif sur une échelle de Likert en 5 points, allant de 0 = Absolument sur que non à 4 = Absolument sur que oui. Deux types de comportements agressifs de nature physique étaient proposés : "bousculer franchement mon adversaire" et "retenir fermement mon adversaire par le bras". 

III. Résultats

Des corrélations positives significatives ont été obtenues entre les deux comportements agressifs proposés, tant en situation de tir (r = .537, p < .001) qu’en situation de rebond (r = .578, p < .001). Un index d’intention agressive a donc été calculé (moyenne entre les 2 comportements) pour chacune des 2 situations. Une corrélation positive significative a également été obtenue entre ces 2 index (r = .653, p < .001). Un index moyen final des intentions agressives a donc été adopté. Enfin, les réponses apportées sur l’un des questionnaires n’étant pas complètes, seules les données issues de 85 questionnaires (47 hommes et 38 femmes) ont pu être traitées et analysées.

Une ANOVA 2 (Sexe) X 4 (Informations relatives à la sévérité de l’arbitre), avec mesures répétées pour le dernier facteur a été réalisée. Celle-ci révèle :

- Un effet principal de la variable "Informations relatives à la sévérité de l’arbitre", F(3, 83) = 86.98, p < .001, η2 = .51 ;

- Un effet non significatif de la variable "Sexe", F(1, 83) = .615, p < .43 ;

- Une interaction "Informations relatives à la sévérité de l’arbitre" X "Sexe" significative, F(3, 83) = 2.96, p < .03, η2 = .03.

A. Informations liées à la sévérité de l’arbitre

Les tests de Student sur échantillons appariés révèlent des différences significatives entre les 4 conditions, ps < .001. Les scores les plus élevés et les plus faibles sont obtenus lorsque les informations sur l’arbitrage sont convergentes : lorsque la réputation sévère de l’arbitre est confirmée, les intentions d’utiliser un comportement agressif sont les moins élevées. A l’inverse, lorsque la réputation permissive de l’arbitre est confirmée, les intentions d’utiliser un comportement agressif sont les plus élevées (cf. Tableau).

D’autre part, les informations situationnelles sont prises en compte par les pratiquants. Ainsi, lorsque l’arbitre a la réputation d’être permissif, les intentions agressives sont moins élevées quand les informations situationnelles contredisent cette réputation (RPContre) que lorsqu’elles la confirment (RPConf), t = -10.09, p < .001. De la même manière, lorsque l’arbitre a la réputation d’être sévère, les intentions agressives sont plus élevées quand les informations situationnelles contredisent cette réputation (RSContre) que lorsqu’elles sont convergentes avec celle-ci (RSConf), t = -9.13, p < .001.

Enfin, lorsque les informations sont divergentes, l’influence des informations situationnelles est plus importante que celle des informations relatives à la réputation.  Ainsi, lorsque la réputation sévère de l’arbitre est contredite (RSContre), les intentions agressives sont plus élevées que lorsque l’arbitre a la réputation d’être permissif mais que les informations de début de rencontre indiquent qu’il est sévère (RPContre), t = 6.70, p < .001.

B. Sévérité de l’arbitre et sexe des joueurs

Si aucun effet principal significatif de la variable "sexe" n’a été mis en évidence, l’interaction entre "informations relatives à la sévérité de l’arbitre" et "sexe" l’est. Les tests de Student pour échantillons indépendants effectués suite à cette interaction montrent que la différence entre hommes et femmes n’est significative pour aucune des 4 conditions mais qu’elle tend à être significative (p < .09) pour la condition "réputation sévère contredite", les intentions d’utiliser un comportement agressif étant alors plus élevées chez les hommes que chez les femmes.

 

Tableau : Moyennes (et écart-types) des intentions agressives émises en fonction des informations relatives à la sévérité de l’arbitre et du sexe des joueurs.

 

RS

Confirmée

RS

Contredite

RP

Contredite

RP

Confirmée

Total

Hommes

Femmes

1.06 (±0.62)

1.01 (±0.59)

1.53 (±0.74)

1.26 (±0.69)

1.14 (±0.64)

1.10 (±0.63)

1.70 (±0.82)

1.60 (±0.77)

1.36 (±0.66)

1.24 (±0.64)

Total

1.04 (±0.60)

1.41 (±0.72)

1.12 (±0.63)

1.65 (±0.79)

1.31 (±0.65)

Note. RS = réputation sévère ; RP = réputation permissive

IV. Discussion

L’objectif de l’étude était double, à savoir, d’une part vérifier si des informations relatives à la sévérité de l’arbitre étaient susceptibles d’influencer les intentions agressives de joueurs de basket-ball et, d’autre part, investiguer si le sexe des pratiquants pouvait exercer un effet modérateur dans cette relation.

 

A. Sévérité de l’arbitre, intentions agressives et sexe des joueurs

Dans ce qu’ils ont d’essentiels, les résultats de la présente étude semblent indiquer que joueurs et joueuses de basket-ball mobilisent simultanément des informations antérieures à la situation de jeu et des informations situationnelles liées à la rencontre en cours. Ainsi, les intentions agressives instrumentales sont plus élevées lorsque les informations de début de rencontre confirment une réputation permissive et sont plus basses lorsque une réputation sévère est confirmée. Ces résultats concordent avec ceux de Manley, Greenlees, Graydon, Thelwell, Filby et Smith (2008) qui ont mis en évidence que les athlètes mobilisaient trois sources d’informations différentes pour se forger une impression à propos de leur entraîneur : des indices statiques qui restent stables au cours du temps (tels que l’âge, le sexe, ou encore le statut social), des indices dynamiques qui reflètent des éléments épisodiques en perpétuelle évolution (tels que la voix, la posture, le langage…), et des indices obtenus de façon indirecte, de manière "rapportée" (par exemple la réputation). Dans notre étude, les informations situationnelles relatives à la sévérité de l’arbitre constituaient des indices dynamiques alors que les informations liées à sa réputation plus ou moins sévère constituaient des informations "rapportées".

Nos résultats ont également révélé que lorsque les informations situationnelles étaient contradictoires avec celles relatives à la réputation de l’arbitre, les intentions agressives présentaient des scores intermédiaires. Toutefois, lorsque les informations de début de rencontre contredisent la réputation sévère de l’arbitre, les intentions agressives sont plus élevées que lorsque les informations de début de rencontre contredisent une réputation permissive. Les joueurs semblent donc davantage tenir compte des informations situationnelles que des informations liées à la réputation de l’arbitre. Ces résultats s’accordent avec les conclusions de MacRae et al. (1993) ou de Buchert et al. (2008) qui affirment que lorsque la réputation est infirmée par les informations situationnelles, ces dernières sont mobilisées préférentiellement. Pour autant, Fiedler et Bless (2001) ou McNatt (2010) soutiennent que ce sont plutôt les connaissances antérieures qui seraient mobilisées de façon prépondérante en cas d’incohérence entre ces dernières et des informations situationnelles. Si la confrontation des individus à des sources variées d’informations semble bien constituer une piste de réflexion pertinente pour la compréhension des phénomènes explorés, c’est-à-dire ici les intentions agressives des joueurs, la façon d’aborder cette problématique reste à affiner. Le caractère cohérent ou contradictoire des informations mobilisées n’est appréhendé que de façon indirecte dans cette étude exploratoire, par le biais de scénarios hypothétiques. Une procédure plus expérimentale permettrait sans doute d’explorer plus finement ces éléments de réflexion.

Au regard de cette problématique, nos résultats ont également mis en évidence une interaction significative entre les variables "sexe des joueurs" et "informations relatives à la sévérité de l’arbitre". Lorsque la réputation sévère de l’arbitre est contredite, les hommes présentent des intentions agressives plus élevées que les femmes. Certains auteurs (Coulomb-Cabagno et al., 2005 ; Souchon et al., 2004) ont montré que proportionnellement au nombre d’agressions émises, les pratiquantes sont davantage sanctionnées ou sanctionnées plus sévèrement que leurs homologues masculins. Face à un arbitre ayant la réputation d’être sévère, et quand bien même les informations situationnelles contredisent cette réputation, les joueuses semblent accorder davantage d’importance que les hommes à ces connaissances antérieures et ainsi manifester un niveau moindre d’intentions agressives. Nous pouvons émettre l’hypothèse que le risque de sanction est perçu comme plus élevé par les joueuses que par les joueurs, non seulement au regard de l’arbitrage proposé en situation (Shapcott et al., 2007), mais également au regard de la réputation de l’arbitre et de leurs expériences passées (elles sont généralement plus souvent sanctionnées que les hommes). Or, plus les joueurs perçoivent le risque d’être pénalisé comme élevé, moins ils considèrent l’agression comme légitime (Conroy et al., 2001 ; Rascle et al., 2010).

B. Limites et perspectives de l’étude

Au regard des résultats obtenus, cette étude présente un intérêt évident : il s’agit bien ici de comprendre les stratégies des joueurs, les variables susceptibles d’influencer leurs décisions, et leur mode de fonctionnement cognitif en matière d’intentions agressives afin de proposer des stratégies efficaces d’arbitrage pour inhiber ou limiter l’utilisation par les joueurs de conduites agressives en situation de jeu. Si le caractère exploratoire de cette étude engendre nécessairement certaines limites que nous discuterons ci-après, il permet également de dégager des perspectives de recherche, tant dans un souci d’amélioration de la démarche méthodologique que dans une volonté de prolongement et d’approfondissement de la réflexion théorique.

Un premier type de réflexion peut s’organiser autour des options méthodologiques adoptées dans cette étude impliquant l’utilisation de scénarios hypothétiques comme mode de transmission des informations liées à l’arbitre et une opérationnalisation papier-crayon des intentions agressives. Si ces options méthodologiques sont largement utilisées dans le cadre de la problématique de recherche axée sur l’agressivité des sportifs, elles posent néanmoins la question de la validité écologique. D’une part, les informations relatives à la sévérité de l’arbitre, tant en ce qui concerne la réputation de celui-ci que les informations situationnelles relatives à ces décisions, étaient fournies de façon directe aux participants par le biais des scénarios et n’étaient de ce fait pas mobilisées par le sujet sur la base de connaissances antérieures ou d’impressions forgées personnellement. Un protocole plus expérimental permettrait d’activer de façon indirecte des éléments de connaissances à propos de l’arbitrage et de vérifier l’activation et la mobilisation de ces connaissances ainsi que la formation d’impressions personnelles. D’autre part, cette option méthodologique se traduit par l’absence de contrainte temporelle pour le sujet-répondant. Or, comme le suggèrent MacRae et al. (1993), les processus engagés en temps contraint ou en temps libre ne sont pas nécessairement les mêmes. Lorsque les informations sont contradictoires, les informations situationnelles seraient mobilisées préférentiellement aux informations liées à la réputation de l’enseignant. Mais cette prépondérance ne serait effective que lorsque l’individu dispose du temps et des ressources nécessaires pour répondre. Dans le cas contraire, les connaissances antérieures resteraient plus largement mobilisées. De même, Souchon et al. (2004) ont montré que lorsque des arbitres sont interrogés directement sur leurs décisions au regard du sexe des joueurs, ils affirment ne pas faire de différence entre hommes et femmes et prendre leurs décisions uniquement sur la base de la faute constatée. Pourtant, dès lors que ces arbitres sont confrontés à des situations de temps contraint pour prendre leurs décisions, telles qu’elles se manifestent réellement en situation de jeu, ils mobilisent des stéréotypes liés au genre, ce qui se traduit par des sanctions plus fréquentes et plus sévères des femmes que des hommes alors même que les situations envisagées sont similaires. Si la question de savoir quelle source d’information est mobilisée de façon principale par le joueur pour déterminer ses intentions agressives subséquentes a pu recevoir quelques éléments de réponse dans cette étude, un prolongement de la réflexion s’impose.

Un deuxième axe de réflexion peut également être développé à propos des connaissances et des informations mobilisées par les joueurs. En effet, l’option méthodologique retenue dans cette étude ne permet pas de distinguer les connaissances antérieures construites directement par le sujet au cours d’interactions préalables avec un individu, de connaissances acquises de façon indirecte sur la base d’informations rapportées par autrui. Buchert et al. (2008) distinguent ainsi la réputation, définie comme une connaissance partagée et exprimée à propos de quelqu’un avant même de l’avoir rencontré (connaissance indirecte), des impressions formées à propos de quelqu’un après l’avoir rencontré (connaissance directe). Appliquées à la thématique de l’arbitrage, les connaissances directes se développeraient à partir d’interactions réelles avec un arbitre (par exemple avoir déjà été arbitré par celui-ci lors de précédentes rencontres) qui aurait officié de manière plus ou moins sévère, tandis que la réputation s’établirait sur la base d’informations obtenues par le biais de l’entraîneur, d’un dirigeant, de partenaires ou encore de la presse. L’étude conduite ici n’a considéré que ce deuxième type de connaissances antérieures (informations rapportées indirectement par autrui), en sus des informations situationnelles disponibles, mais nous pouvons émettre l’hypothèse qu’une distinction de cet ordre pourrait être pertinente, notamment au regard de la variable "sexe des joueurs", les femmes semblant davantage accorder d’importance que les hommes aux connaissances antérieures et étant davantage soumises à des expériences "négatives" (davantage sanctionnées). Crawford et al. (2004, 34) ont ainsi souligné : "Les sanctions ayant un impact négatif peuvent engendrer la réputation de "rudesse" chez un arbitre, pouvant provoquer une intimidation des joueurs et des entraîneurs lors de rencontres futures"[2].

Cette étude exploratoire met clairement en évidence l’intérêt d’analyser dans quelles conditions les joueurs mobilisent et utilisent les informations relatives aux caractéristiques de l’arbitre et aux décisions qu’il prend lors de la rencontre pour décider de se conduire agressivement (ou non) lors de situations duelles avec un adversaire direct. Le niveau de sévérité de l’arbitre, sa réputation, et plus encore la cohérence des informations recueillies semblent jouer un rôle non négligeable dans les intentions des joueurs. Toutefois, tous les pratiquants ne sont pas sensibles de la même façon à ces informations. Il semble notamment important de considérer le sexe des pratiquants comme une variable pertinente au regard de cette problématique. Des recherches complémentaires mobilisant une méthodologie différente et investiguant le rôle d’autres variables telles que le risque de sanction perçu ou le sentiment d’efficacité personnel permettraient de vérifier ces premiers constats et de prolonger la réflexion engagée.

Bibliographie

Avanzini, G. & Pfister, R. (1994). Influence des punitions sur les comportements d’agression: Etude de l’arbitrage des coupes du monde de football 1986 et 1990. Revue STAPS, 35, 7-11.

Babad, E., Kaplowitz, H. & Darley, J. (1999). A “classic” revisited: Students’ immediate and delayed evaluations of a warm/cold instructor. Social Psychology of Education, 3, 81-102.

Bless, H., Fiedler, K. & Strack, F. (2004). Social cognition - How individuals construct social reality. New York : Psychology Press.

Buchert, S., Laws, E. L., Apperson, J. M. & Bregman, N. J. (2008). First impressions and professor reputation: influence on student evaluations of instruction. Social Psychology of Education, 11 (4), 397-408.

Cabagno, G. & Rascle, O. (2012). La règle sportive : Application, transgression ou adaptation ? Le point de vue de la psychologie sociale. In Y. Léziart, G. Cabagno, M. Loquet, & J. Trohel (Eds.), La règle sportive (pp. 115-144). Collection Regards croisés. Pessac : Presses Universitaires de Bordeaux.

Carpenter, P. J. & Yates, B. (1997). Relationships between achievement goals and the perceived purposes of soccer for semi-professional and amateur players. Journal of Sport and Exercise Psychology, 19, 302-311.

Conroy, D. E., Silva, J. M., Newcomer, R. R., Walker, B. W. & Johnson, M. S. (2001). Personal and participatory socializers of the perceived legitimacy of aggressive behavior in sport. Aggressive Behavior, 27, 405–418.

Coulomb-Cabagno, G. & Rascle, O. (2006). Team sports players’ aggression as a function of gender, competitive level and sport type. Journal of Applied Social Psychology, 36, 1980-2000.

Coulomb-Cabagno, G., Rascle, O. & Souchon, N. (2005). Player gender and male referees’ decisions about aggression in French soccer : A preliminary study. Sex Roles, 52 (7–8), 547-553.

Crawford, B. J., Stuart, M.J., Smith, A. M. & Brennan, R. D. (2004). Intimidation in ice hockey : An exploratory assessment. In D. J. Pearsall & A. B. Ashare (Eds.), Safety in ici hockey (vol. 4, pp. 26-39). ASTM International.

Devine, P. G. (1989). Stereotypes and prejudice. Their automatic and controlled components. Journal of Personality and Social Psychology, 56, 5-18.

Dosseville, F. & Garncarzyk, C. (2007). L’arbitrage des pratiques sportives : Jugement et décision. Bulletin de Psychologie, 60(3), 225-237.

Fiedler, K. & Bless, H. (2001). Social cognition. In M. Hewstone & W. Stroebe (Eds.), Introduction to social psychology, an european perspective (3rd Ed., pp. 114-149). Oxford : Blackwell Publishers.

Findlay, L. C. & Ste-Marie, D. M. (2004). A reputation bias in figure skating judging. Journal of Sport and Exercise Psychology, 26, 154-166.

Fiske, S. T. & Taylor, S. E. (1991). Social cognition (2nd Ed.). New York : Mc Graw-Hill.

Griffin, B. W. (2001). Instructor reputation and student ratings of instruction. Contemporary Educational Psychology, 26, 534-552.

Jones, M. V., Paull, G. C. & Erskine, J. (2002). The impact of a team’s aggressive reputation on the decisions of association football referees. Journal of Sports Sciences, 20, 991–1000.

Kavussanu, M. & Roberts, G. C. (2001). Moral functioning in sport: An achievement goal perspective. Journal of Sport & Exercise Psychology, 23, 37-54.

Kavussanu, M., Seal, A. R. & Phillips, D. R. (2006). Observed prosocial and antisocial behaviors in male soccer teams: Age differences across adolescence and the role of motivational variables. Journal of Applied Sport Psychology, 18, 326–344.

MacRae, C. N., Hewstone, M. & Griffiths, R. J. (1993). Processing load and memory for stereotype-based information. European Journal of Social Psychology, 23, 77-87.

Manley, A. J., Greenlees, I., Graydon, J., Thelwell, R., Filby, W. C. & Smith, M. J. (2008). Athletes’ perceived use of information sources when forming initial impressions and expectancies of a coach : An exploratory study. The Sport Psychologist, 22, 73-89.

Messner, M. A. (1990). When bodies are weapons : Masculinity and violence in sport. International Review for Sociology of Sport, 25, 203-220.

McNatt, D. B. (2010). Negative reputation and biased student evaluations of teaching: longitudinal results from a naturally occurring experiment. Academy of Management Learning & Education, 9 (2), 225-242.

Pfister, R. & Sabatier, C. (1994). Les interactions agressives dans la pratique sportive des jeunes. Enfance, 2-3, 215-232.

Rascle, O. & Coulomb-Cabagno, G. (2003). Aggression in youth handball : Relationships between goal orientations and induced motivational context. Social Behavior and Personality, 31 (1), 21-34.

Rascle, O. Coulomb, G., & Pfister, R. (1998). Aggression and goal orientations in handball: Influence of institutional sport context. Perceptual and Motor Skills, 86, 1347-1360.

Rascle, O., Coulomb-Cabagno, G. & Delsarte, A. (2005). Perceived motivational climate and observed aggression as a function of competitive level in youth male French handball. Journal of Sport Behavior, 28 (1), 51-67.

Rascle, O., Traclet, A., Souchon, N., Coulomb-Cabagno, G. & Petrucci, C. (2010). Aggressor-victim dissent in perceived legitimacy of aggression in soccer: the moderating role of situational background. Research Quarterly for Exercise and Sport, 10, 245-254.

Sage, L. & Kavussanu, M. (2007). Multiple goal orientations as predictors of moral behavior in youth soccer. The Sport Psychologist, 21, 417-437.

Shapcott, K. M., Bloom, G. A. & Loughead, T. M. (2007). An initial exploration of the factors influencing aggressive and assertive intentions of women ice hockey players. International Journal of Sport Psychology, 38, 145-162.

Shields, E. W. Jr (1999). Intimidation and violence by males in high school athletics. Adolescence, 34 (135), 503-521.

Souchon, N., Cabagno, G., Traclet, A., Dosseville, F., Livingstone, A., Jones, M. & Maïo, G. (2010). Referees' decision making and player gender: the moderating role of the type of situation. Journal of Applied Sport Psychology, 22 (1), 1-16.

Souchon, N., Coulomb-Cabagno, G., Traclet, A. & Rascle, O. (2004). Referees’ decision-making in handball and transgressive behaviors: influence of their stereotypes about gender of players. Sex Roles, 51 (7/8), 143-150.

Tenenbaum, G., Stewart, E., Singer, R. N. & Duda, J. (1996). Aggression and violence in sport: An ISSP position stand. International Journal of Sport Psychology, 27 (3), 229-236. 

Traclet, A., Romand, P., Moret, O. & Kavussanu, M. (2011). Antisocial behavior in soccer : A qualitative study of moral disengagement. International Journal of Sport and Exercise Psychology, 9 (2), 143-155.


[1] « Referees play an important educational role in the development of players by consistently enforcing the rules of the game. In contrast, inconsistent officiating magnifies aggression and contributes to violence » (Crawford, Stuart, Smith & Brennan, 2004, 32).

[2] « Penalties with negative impact[2] may result in a referee’s reputation for being “tough” causing further intimidation of players and coaches” (Crawford et al., 2004, 34).