Sport et régime autoritaire : le cas du gouvernement de Vichy (1940-1944)

pp. 70-85

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Christophe Pécout

Docteur en STAPS – Laboratoire ER3S – Université de Lille 2

Luc Robène 

Professeur des Universités – Laboratoire Violences Identités Politiques & Sports – Université de Rennes 2
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« Nous ne devons jamais perdre de vue que le but de l'éducation est de faire de tous les Français des hommes ayant le goût du travail et l'amour de l'effort. Leur idéal ne doit plus être la sécurité d'un fonctionnarisme irresponsable, mais l'initiative du chef, la passion de l'œuvre et de sa qualité. Restituer dans toute leur plénitude ces vertus d'homme, c'est l'immense problème qui se pose à nous. La formation d'une jeunesse sportive répond à une partie de ce problème. Les projets actuels du ministre de la Jeunesse visent à rendre à la race française santé, courage, discipline. »

(L’Education Nationale. Maréchal Pétain, Appel du 15 août 1940[i])

Au cours du XXe siècle, le sport a régulièrement servi les partisans de l’ordre et les régimes autoritaires dans leur projet d’endoctrinement et d’encadrement des masses (Arnaud et Riordan, 1998). L’Italie fasciste et l’Allemagne nazie témoignent de cette instrumentalisation du sport à des fins idéologiques et propagandistes (Bolz, 2008). Ce processus est également repérable dans la France du Gouvernement de Vichy (Paxton, 1972 ; Baruch, 1996 ; Azéma et Wieviorka, 2002), un état « national, autoritaire, hiérarchique »[ii].

Au lendemain de la défaite militaire de juin 1940, la France plonge dans une crise d'identité nationale qui la précipite dans le chaos. Le pays s’en remet alors au maréchal Philippe Pétain, présent dans le gouvernement depuis mai 1940. Le mythe du Sauveur, de l’homme providentiel[iii], prend corps par le vote du 10 juillet 1940 qui donne au vieux héros de Verdun les pleins pouvoirs. L’exécutif et le législatif entre ses mains, Pétain nomme et révoque les ministres et les secrétaires d’Etat, promulgue les lois et assure leur exécution. Si cette personnalisation du régime (« Pétain c’est la France, la France c’est Pétain »[iv]) s'apparente à celle mise en œuvre dans les régimes fascistes, Vichy se définit comme un régime autoritaire et charismatique, c'est à dire comme la rencontre d'un individu doté de vertus singulières et les attentes de la masse (Weber, 1919 ; Dorna, 2008). Cet autoritarisme, qui glisse vers le totalitarisme au fil de ces années noires, s’exerce dans tous les secteurs de la société et sous différentes facettes : une économie dirigée (corporatisme, Charte du Travail), une politique de maintien de l’ordre extrêmement répressive, une politique xénophobe et antisémite, une jeunesse mise au pas, un culte exacerbé du Maréchal. Fondé sur le triptyque "Travail, Famille, Patrie"[v], le régime pétainiste proclame la renaissance de la France éternelle.

Dans ce projet de renouveau, la formation des corps devient un objectif primordial. « La culture physique sera à la base de la nouvelle éducation. Ce qui me tient le plus à cœur, c’est de faire comprendre à la nouvelle génération qu’on ne fait pas de grande race sans avoir de muscle »[vi] exhorte, dans ce sens, le premier commissaire à l’Education Générale et aux Sports, Jean Borotra. De fait, à l’image de l’Italie ou de l’Allemagne, les hommes forts de Vichy ambitionnent de régénérer, de viriliser et de fortifier la nation. Pour mener à bien sa mission régénératrice, Vichy conduit une politique autoritaire envers l’école, les mouvements de jeunesse et le mouvement sportif qui se caractérise par la cooptation des dirigeants, par le renvoi ou l’emprisonnement des opposants au régime et par la mise en place de relais dévoués au Maréchal. Dans le domaine des exercices physiques, cette politique volontariste et autoritaire se traduit par l’augmentation des crédits sportifs, l’augmentation des horaires d’EPS, une politique d’équipement sportif, une intense propagande sportive… Elle est également marquée par la véritable mise sous tutelle du mouvement sportif (régime des agréments). On assiste, par conséquent, à un processus de sportivisation de la société française (Gay-Lescot, 1991 ; Arnaud, Terret, Saint-Martin, Gros, 2002) se doublant d’un contrôle puissant de l’appareil sportif, des réseaux du sport et, plus largement, de ce que doit être « la bonne pratique sportive » (amateurisme, serment de l’athlète, etc.). Cette sportivisation répond à des enjeux politiques et idéologiques dont l’un des piliers demeure l’assainissement moral et physique de la « race française ». Alors que le perfectionnement physique constitue un discours déjà ancien, parfois teinté d’eugénisme, largement associé au développement des exercices du corps[vii], le thème de la régénération par les sports devient l’une des antiennes du régime de Pétain qui fustige « l’esprit de jouissance » des années d’avant-guerre, principale cause de la démission des élites, de l’affaiblissement moral et physique de la race, donc de la défaite. Vichy entend ainsi intervenir prioritairement sur la jeunesse en la modelant en une jeunesse sportive, incarnation vivante d’une France revitalisée. La pratique sportive pour le pouvoir vichyste apparaît alors à la fois comme un outil idéal de façonnage corporel et moral et comme un instrument d’endoctrinement et d’encadrement dont la finalité est la « pétainisation » des esprits.

Imposer les pratiques physiques dans la société

« Sportifs la France a besoin que tous ses fils endurcissent leur corps et trempent leurs âmes […] Soyez les pionniers de la rénovation physique et morale »[viii]. Ces mots, que Pétain adresse aux sportifs, illustrent le rôle que le Maréchal entend donner à la pratique sportive[ix]. Pour mettre en place sa politique sportive, Vichy créé le Commissariat Général à l’Education Générale et Sportive (CGEGS) dès juillet 1940. Deux hommes s’y succèdent à sa tête : le tennisman Jean Borotra[x]puis, à partir du 18 avril 1942, le rugbyman Joseph Pascot[xi]. Organe pyramidal, le CGEGS comme le souligne Jean-Louis Gay-Lescot est « une structure rigide dont la seule finalité demeure la dépendance et l’obéissance au pouvoir politique »[xii]. De fait, sa mission principale consiste à « rendre au sport sa vraie place dans les activités de la Nation, en s’inspirant des idées essentielles de la politique du Gouvernement »[xiii]. Ses considérables moyens financiers témoignent de son importance dans le projet vichyste puisque son budget pour l’année 1940 avoisine les deux milliards de francs alors qu’il n’était que de 50 millions de francs en 1939.

Première institution visée par Vichy : l’école. Stigmatisant le système scolaire républicain, accusé de pervertir la jeunesse par son intellectualisme, les pédagogues vichystes issus pour certains du Cercle Fustel de Coulanges[xiv]revendiquent la formation d’un être d’action privilégiant ainsi l’éducation physique à l’école (Barreau, 2000). Mais avant d’intervenir sur les programmes, Vichy ordonne la suppression du Syndicat National des Instituteurs, supprime les écoles normales pour les remplacer à partir d’octobre 1941 par les Instituts de formation professionnelle, supprime la gratuité du secondaire et épure le personnel par la révocation des enseignants juifs, francs-maçons et communistes. Les programmes sont alors reconsidérés avec pour base le développement du travail manuel, l’étude des traditions régionales, la leçon de morale et l’éducation physique. Pour le CGEGS, rattaché au ministère de l’Education nationale en septembre 1940, l’éducation physique devient une priorité éducative qui se traduit dans les Instructions Officielles de juin 1941. Ces dernières, prônant les disciplines d’action en s’appuyant sur la philosophie de Bergson (« vivre consiste à agir »), légitiment la création de l’EGS, discipline qui se compose d’une éducation physique générale assurant la formation de base (gymnastique corrective, hygiène et développement des résistances organiques) ; d’une initiation et d’une formation sportive (sports individuels et collectifs, jeux sportifs) ; des jeux ; de la pratique des exercices rythmiques, de la danse et du chant choral ; des travaux manuels ; des sorties et activités au grand air ; de la pratique du secourisme. La finalité à long terme est claire : « Il faut que les jeunes gens fassent provision de santé et d’énergie et qu’ils deviennent pour le service du pays des hommes forts d’âme et de corps »[xv]. D’où l’imposition d’une quantité d’heures d’EGS puisque ses horaires vont jusqu’à 9 heures par semaine dans le primaire et le secondaire en novembre 1940[xvi]. Or une levée de boucliers s’élève contre cette décision. Tout d’abord ce sont les parents d’élèves qui, face au contexte de rationnement et de sous-alimentation dans lequel le pays s’enfonce, s’inquiètent d’une telle pratique pour la santé de leurs enfants. Nous trouvons ensuite des dirigeants sportifs[xvii] (anciens de la FSGT) qui critiquent violemment la politique sportive de Borotra. Enfin, le ministre de l’Education nationale, Jérôme Carcopino, lui-même juge les horaires trop chargés[xviii]. Face à ces réprobations Borotra réduit les horaires d’EGS, en octobre 1941, à 3 heures par semaine pour les garçons et 2 heures par semaine pour les filles. Cependant, l'arrivée du colonel Pascot à la tête du CGEGS en avril 1942 marque le retour à une politique plus autoritaire et dirigiste. D’où un retour aux horaires d’origine de l’EGS en septembre 1942 à savoir 7h30 pour les garçons et 6h pour les filles dans le primaire, secondaire et l'enseignement technique. A partir de décembre 1942, l’université se voit même dans l'obligation de donner cet enseignement aux étudiants. Car comme le déclare Pascot : « jamais le sport n’a été plus utile. Le sport jusqu’à présent pouvait être un luxe. Sa pratique, maintenant, devient un devoir »[xix]. Un devoir au service du Maréchal.

Autre lieu d’intervention privilégié : les organisations de jeunesse (Halls, 1988 ; Giolitto, 1991). Nouveau fer de lance de la Révolution nationale, la jeunesse française est rapidement encadrée voire embrigadée par le Secrétariat Général à la Jeunesse. Vichy lui assigne des missions et des devoirs comme le stipule la nouvelle loi sur son organisation publiée en décembre 1940 : «les jeunes français doivent se préparer à leur tâche de reconstruction du pays,  à participer à la Révolution Nationale, en se donnant une formation propre à : Exalter l’esprit national et le dévouement à la Révolution Nationale, Assurer leur entraînement physique… »[xx]. La jeunesse française incarne donc le socle sur lequel se bâtira la France nouvelle dont émergera l’homme nouveau (Matard-Bonucci et Milza, 2004) à savoir un homme jeune, sportif, sain, viril, entreprenant intégrant corporellement et idéologiquement les valeurs vichystes. Le CGEGS, en étroite relation avec le Secrétariat Général à la Jeunesse, exhorte ces jeunes à s’exercer physiquement pour le bien du pays. Volonté largement entendue par les responsables des mouvements, pétainistes convaincus. Pour les Compagnons de France, organisme chargé de participer au relèvement matériel et moral du pays, l’objectif est de constituer une jeunesse virile par la vie au plein air et par l’entrainement physique. « Nous voulons des français habitués à la pratique de l’hygiène et une jeunesse ivre de plein air, de natation et de culture physique. L’air, le soleil, l’eau, le mouvement voilà qui refera une race vigoureuse »[xxi] écrit la revue Compagnons en 1942. A l’école des cadres d’Uriage, où se forment les futures élites du pays, l’hébertisme et l’entraînement physique sont assidument pratiqués par les élèves. Car comme le déclare le capitaine de Ségonzac, son responsable, il s’agit de refaire des hommes spirituellement, intellectuellement et physiquement. Même logique au sein de l’Armée d’armistice (Paxton, 2004) où les responsables militaires rétablissent le culte de l’effort physique. Une charte[xxii] de l’éducation physique et des sports diffusée à partir de mars 1941 redéfinie l’entraînement du militaire qui consiste dorénavant en un entraînement physique général avec une leçon d’éducation physique quotidienne et la pratique des sports (athlétisme, sport d’attaque et de défense). Il s’agit de renouer avec l’image sportive et virile du soldat car l’Armée d’armistice est perçue par les Français comme l’armée issue de la défaite. Enfin, dernier exemple celui des Chantiers de la Jeunesse. Organisation phare de Vichy, ils s’inscrivent pleinement dans le projet de revitalisation physique de la nation (Pécout, 2007). Service civil obligatoire de huit mois, mobilisant tous les citoyens masculins français âgés de vingt ans, résidant en zone libre, les Chantiers accordent une large place aux pratiques physiques et sportives. De fait, souhaitant rompre avec l’esprit de jouissance et un matérialisme condamnés, les Chantiers imposent aux jeunes une vie active et sportive au contact de la nature et par une pratique intense d’activités physiques. La première d’entre elles est celle du décrassage matinal. Dès le lever, les jeunes sont soumis à une séance d’éducation physique de trente minutes alternant mouvements collectifs, marches, courses et assouplissements. Autre activité régulière, la séance d’hébertisme. Devenue doctrine nationale, cette méthode est naturellement appliquée dans les Chantiers car elle répond aux mêmes préoccupations idéologiques à savoir retour à la nature et à la terre, virilisation naturelle des corps et recherche des valeurs nobles. Enfin, au niveau sportif, la priorité est donnée aux sports collectifs qui, comme le rappelle le commissaire général aux Chantiers, « sont utiles pour développer l’esprit d’équipe, but poursuivi par les Chantiers »[xxiii]. L’omniprésence des activités physiques au sein de la jeunesse illustre l’autoritarisme de Vichy en matière éducative car il s’agit de « refaire une race saine et robuste, travailleuse et joyeuse, disciplinée et entreprenante »[xxiv]. Or cela implique deux préalables : former des cadres et construire des équipements.

La question de la formation des « chefs » est pour Vichy une priorité tant pédagogique que politique. Le chef est celui qui commande, qui guide, qui réprimande, il incarne donc l’autorité auprès de la population. En même temps sa mission est de professer la parole du Maréchal, il est en ce sens le propagandiste de la Révolution nationale. C’est pourquoi, cette ambition de former des chefs traverse tous les secteurs liés à la jeunesse. Les organisations de jeunesse vichystes, tout d’abord, par l’intermédiaire de leur école de cadres se chargent de former leurs propres chefs[xxv]. Les Chantiers de la Jeunesse par exemple disposent de cinq écoles de cadres au sein desquelles la formation s’attarde sur le commandement, l’exemplarité, l’histoire de France et l’éducation physique. L’Ecole d’Uriage[xxvi] illustre cette volonté de créer une élite nouvelle, jeune, entreprenante, sportive, symbole du renouveau[xxvii]. Enfin, la sphère scolaire et plus précisément l’éducation physique s’inscrit dans ce processus. De fait, à côté des 650 professeurs d'éducation physique intervenant dans le secondaire, un nouveau corps d’enseignants voit le jour : les maîtres d’éducation générale. Ces derniers, formés dans les quinze nouveaux centres régionaux d’éducation générale et sportive (CREGS) créés par le commissariat général, coordonnent et mettent en œuvre les activités de l’EGS en lien avec le professeur d’EPS. Au niveau du primaire, les instituteurs ont l’obligation d’effectuer des stages d’EGS dans les CREGS afin d’enseigner cette discipline. Cette obligation est aussi plus officieusement le moyen de noyauter et de contrôler une population enseignante dont les sympathies politiques sont plutôt traditionnellement ancrées à gauche[xxviii]. Cela étant, le pays manque cruellement d’infrastructures pour répondre correctement aux attentes vichystes. Pour combler ce déficit, la Direction de l’Equipement du CGEGS projette, sous le slogan « une école, un stade », d’équiper chaque commune en injectant rien que pour l’année 1941, 1,2 milliards de francs pour subventionner la construction de 20 000 terrains de sport. Le CGEGS s’engage à participer jusqu’à hauteur de 60 % dans le prix d’achat du terrain et de 80 % pour les frais d’aménagement. Les communes de France sont ainsi vivement encouragées à présenter des projets d’aménagements. Pour les années 1941-1942, 2 000 projets sont présentés et 500 subventionnés. Le CGEGS par l’intermédiaire de son service de propagande se charge de rappeler aux municipalités que « le terrain de jeux est un champ de santé ». Elle insiste notamment sur le manque d’installation de la France par rapport aux autres pays en expliquant que « par habitant il n’existe en France qu’un mètre carré d’installations sportives pour 4m2 en Allemagne, 5m2 en Angleterre et 6m2 en Finlande »[xxix]. Pour accroître encore plus rapidement le nombre d’équipement, les préfets en s’appuyant sur la loi du 4 septembre 1941[xxx], recourent à la "réquisition d’usage" et même dans certains cas à l’expropriation. Or le résultat final s’avère peu satisfaisant, d’une part, parce que certaines communes se montrent réticentes à injecter de l’argent dans l’aménagement d’équipements sportifs alors que leurs priorités sont autres, d’autre part, parce que les conditions matérielles et humaines difficiles liées à l’Occupation (absence de matériaux, main d’œuvre manquante, etc.), les lourdeurs administratives inhérentes à la bureaucratie vichyssoise et, en fin de compte, les difficultés liées aux autorités allemandes et aux troupes d’occupation ne favorisent guère l’essor concret d’infrastructures théorisées idéologiquement (Robène et al. 2005)

Contrôler et moraliser le sport

L’autorité vichyste en matière sportive s’exprime concrètement par la main mise sur le mouvement sportif à travers la loi du 20 décembre 1940, dite Charte des Sports[xxxi]. Celle-ci réorganise et réoriente la politique sportive française. Comme elle le stipule, la Charte inaugure « un régime de liberté contrôlée », prévoit des sanctions et assure au sein des associations sportives « l’autorité, l’ordre et le travail ». Les conséquences sont lourdes pour le mouvement sportif puisque dorénavant, pour exister et exercer toute association sportive doit obtenir obligatoirement l'agrément délivré par la Direction des Sports du CGEGS, ce qui remet totalement en cause la loi de 1901 sur la liberté d’association. Chaque association sportive doit également être affiliée à une fédération reconnue par le CGEGS. Les fédérations affinitaires gauchisantes comme la FSGT, l’USEP et l’UFOLEP en font les frais et sont interdites. Ce contrôle politique des fédérations est exécuté par le Comité National des Sport - son président est directement nommé en fonction de sa fidélité idéologique à Vichy - dont le rôle est de transmettre les directives du CGEGS au niveau fédéral et d’en faire la propagande. Par cette série de mesures coercitives, Vichy, d’une part, étatise le mouvement sportif et d’autre part, impose aux fédérations une ligne de conduite à tenir : ordre et obéissance au Maréchal[xxxii]. L’inspecteur régional à l’EGS de Rennes exprime cette ambiance de mise au pas en argumentant sur le fait qu’avec cette loi il n’est plus question au sein du monde sportif « du manque de responsabilité, du travail mal fait, de l’indiscipline, de l’égoïsme outrancier, du système D, du régime de la jouissance et de l’impolitesse »[xxxiii]. Le zèle montré par d’autres responsables du CGEGS dans leur combat pour la moralité sportive témoigne de leur fidélité infaillible comme l’illustrent les propos du délégué départemental à l’EGS du Calvados en janvier 1944 : « J’ai dû intervenir pour réagir contre l’activité extra-sportive d’un club caennais qui avait organisé quatre concerts de gala. Avec l’accord de M. le Commissaire aux Sports, j’ai pris contact avec les dirigeants, je leur ai demandé de cesser toutes manifestations extra sportives et de développer dans une atmosphère plus saine et plus morale l’éducation de leurs jeunes adhérents. Ces deux exemples montrant comment s’exerce l’œuvre d’assainissement du sport »[xxxiv]. A ce titre, quelques hauts responsables sportifs seront ainsi décorés de l’ordre de la Francisque, témoignage de leur attachement actif à l’œuvre et à la personne du Maréchal. Il est vrai qu’afin d’assoir son autorité sur le monde sportif, Vichy commande des enquêtes sur la moralité, la situation sociale et les titres civils et militaires des dirigeants sportifs. Cette ingérence dans les affaires sportives s’accentue à partir de l’arrivée de Pascot en 1942, lorsque les responsables sportifs ne sont plus élus mais directement choisis par le pouvoir. Mais Vichy va aller plus loin dans sa politique autoritaire en décidant de franciser le mouvement sportif. De fait, la loi sur le statut des juifs et celle relatives aux sociétés secrètes s’y applique. La politique antisémite de Vichy exclut les Juifs de toutes les fonctions éducatives et culturelles, entraînant inévitablement leur mise à l’écart des postes à responsabilités au sein des fédérations ou des ligues régionales. Cette situation orchestrée par Vichy s’aggrave par la suite lorsque les Allemands, à leur tour, décident en juillet 1942 d’interdire à toute personne juive de participer en tant qu’acteurs ou spectateurs aux manifestations sportives. Ce durcissement s’exprime également dans la presse antisémite qui se déchaine envers les sportifs juifs : « Depuis le début de la Révolution nationale, rien n’a été fait pour assurer aux juifs un statut d’exception dans le sport. Il faut en finir. Il importe, pour commencer, d’épurer le sport français de ses juifs[xxxv]». La déportation à Auschwitz en août 1943 du champion du monde de natation Alfred Nakache démontre cette triste réalité.

Etre fort pour mieux servir, le nouveau slogan de CGEGS, exprime la finalité donnée par le régime au sport. Nouvelle chevalerie moderne, le sport intervient dans la diffusion et l’intériorisation des préceptes vichystes comme l’esprit d’équipe, le désintéressement, la discipline, l’ordre, l’obéissance, le dépassement de soi,… Cette orientation moralisatrice du sport s’inscrit pleinement dans l’entreprise plus vaste de redressement moral engagée par Pétain. Car une des ambitions de Vichy est de modeler les mentalités en prônant un retour aux valeurs traditionnelles et chrétiennes. Ce moralisme et cet autoritarisme s’expriment par une croisade contre le professionnalisme. Car si le sport est défini comme une morale en action, pratiqué avec excès celui-ci conduit à un certain « appauvrissement humain » selon l’expression de Pétain. Dès lors, Vichy combat farouchement le sport professionnel, synonyme d’immoralité et de déviances. Jean Borotra est sur ce point intraitable : « Vous connaissez, Monsieur le Président, mon état d’âme vis-à-vis du professionnalisme (…) J’aurais désiré sa suppression pure et simple. J’aurai voulu voir régner dans tous les sports cet esprit de désintéressement que les Jeux Olympiques réclament de tous leurs participants»[xxxvi]. Les sports professionnels subissent alors de plein fouet cette entreprise moralisatrice. Le cas de la dissolution de la Ligue nationale de rugby à XIII en 1941 en est le parfait exemple. C’est sous le commissariat Pascot que les mesures les plus radicales sont appliquées : amendes, sanctions disciplinaires voire la prison pour toute entorse à la loi notamment celle du 12 juillet 1943 qui annonce « qu’il est interdit de procurer à quiconque des sommes d’argent ou des avantages de quelque nature que ce soit en vue d’obtenir sa participation à des compétitions ou à des exhibitions… ». Ainsi, en ce qui concerne le football, les clubs professionnels ont désormais l’obligation de titulariser entre quatre et six amateurs en lieu et place des étrangers, le nouveau statut du footballeur professionnel l’oblige à intervenir dans la formation des jeunes joueurs, leurs salaires est fixé par le CGEGS, les transferts sont interdits…

La pratique sportive, productrice de discipline à travers ses règles et ses lois, s’immisce donc dans cette atmosphère de contrainte forcée. C’est ainsi que dans l’esprit du Maréchal, la pratique sportive permet de surveiller, de canaliser voire d’anesthésier la jeunesse en la tenant éloignée des tourments de la guerre et idéologies dissidentes (gaullisme, communisme) appelant à la résistance. Le sport est donc vu comme une activité facilitant l’intériorisation des notions d’ordre, d’obéissance, d’autorité. C’est pourquoi le sportif devient la figure symbolique du régime qui l’érige en modèle pour la jeunesse : modèle d’excellence physique, modèle de patriotisme, modèle de vertus. En ce sens, il personnifie la Révolution nationale en incarnant l’Homme nouveau forgé par Vichy, c’est à dire un être qui a intégré moralement et physiquement les fondements de l’idéologie pétainiste.

Propager le discours vichyste par le sport

Afin de plébisciter sa politique sportive, Vichy mène une intense propagande[xxxvii]auprès de la population (Gervereau et Peschansky, 1991) en l’incitant à la pratique. Cela passe en premier lieu par la multiplication des fêtes de propagande (Dalisson, 2008) et des cérémonies sportives au sein desquelles se mêlent sport et politique. Au cours de ces démonstrations sportives dans des « stades maréchalisés », les athlètes exécutent de gigantesques mouvements d’ensemble provoquant une sensation de puissance et de force collective à l’instar des jeunesses fascistes. Car ces fêtes consistent, dans un pays fracturé géographiquement en zones, à réaliser un semblant d’union nationale autour du Maréchal. Le sport par son pouvoir fédérateur fournit à Vichy un moyen supplémentaire d’inculquer aux Français le sens de l’intérêt national et celui de développer un fort sentiment d’appartenance à la Patrie. La plus importante d’entre elles est celle du Serment de l’athlète, créée en avril 1941. Il est vrai que cette nouvelle cérémonie sportive revêt une importance dans la propagande vichyste car en lutte ouverte contre l’individualisme jugé destructeur, Pétain exige la formation de communautés naturelles, socles de la société vichyste. Il s’agit donc par cette cérémonie de réunir tous les sportifs de France le même jour autour d’un même idéal formant ainsi une communauté sportive. Regroupant des milliers de spectateurs, l’ensemble des sportifs et sportives, après avoir défilés, prête serment en jurant « de pratiquer avec discipline, loyauté et désintéressement dans un but de mieux servir la patrie ». Véritable rite collectif, cette manifestation de foi envers le Maréchal et de fidélité aux préceptes de la Révolution nationale, montre de quelle manière la communauté sportive communie autour des mêmes mots d’ordre et collabore donc au maintien de l’ordre moral et social en exaltant les valeurs communautaires du régime. Ceci est encore plus vrai dans une France qui bascule au cours des années dans le chaos. Ainsi, cette cérémonie nationale est renouvelée en mai 1942 puis surtout en juin 1943 dans un contexte de fortes divisions et de tensions liées au durcissement de la répression allemande, au renforcement de la collaboration d’Etat et à l’application du Service du Travail Obligatoire (STO). Devant faire face à une opinion publique hostile à sa politique de collaboration (Laborie, 1990), Vichy entend à travers cette cérémonie faire la démonstration que les Français soutiennent toujours Pétain et Vichy et par la même occasion exprimer le sentiment de cohésion sociale et nationale. Enfin, la cérémonie est reconduite le 14 mai 1944 dans une France fascisante qui s’entre-déchire entre miliciens et résistants. Cette dernière cérémonie entretient donc l’illusion de fédérer et surtout de réconcilier les Français autour d’un sport apolitique. Vœux pieux tant Vichy est à ce moment rejeté et haï.

Dans sa stratégie autoritaire, Vichy n’oublie pas son empire et part à la conquête de la jeunesse des colonies en prêchant la bonne parole pétainiste. En témoigne par exemple la tournée de Borotra en Afrique du Nord en avril-mai 1941. Le Miroir des Sports du 12 mai 1941 écrit à ce propos : « La tournée en Afrique du Nord a bien servi la propagande pour le sport français. Cette suite de démonstrations sportives était œuvre de propagande au moins autant qu’œuvre sportive »[xxxviii]. Ce n’est donc pas un hasard si la seconde cérémonie du Serment de l’athlète du 17 mai 1942 se déroule en même temps que la grande cérémonie de propagande coloniale : la Quinzaine Impériale (Bancel, 2002). Celle-ci, chargée de démontrer l’union entre la métropole et l’Empire, use du sport comme outil de propagande coloniale. Ainsi, le Serment prêté à la fois par la jeunesse sportive de France et par celle des colonies révèle une communauté sportive réunie autour d’un même idéal, la Révolution nationale, autour d’un même chef, Pétain et autour d’une seule nation, la France.

En plus de ces fêtes sportives, Vichy propage son discours auprès de la population au moyen des vecteurs de la culture de masse : affiches, expositions, programmes radio, documentaires de propagande[xxxix], tournées dans les campagnes et actualités cinématographiques (Les Actualités Mondiales, France-Actualités-Pathé-Gaumont, France-Actualités). Ces dernières, diffusées dans les salles de cinéma, diffusent l’actualité sportive compétitive du moment. Il s’agit au travers de ces images de sport d’imposer aux spectateurs l’image d’une France magnifiée et idéalisée où l’occupation n’existe pas, où les restrictions et les pénuries sont tues. Autre type de reportage sportif, ceux exaltant les actions engagées par le CGEGS. Ces nombreux films valorisent la formation des cadres sportifs, l’éducation physique et sportive à l’école, la construction d’équipements, le sport dans l’Empire, le sport dans les mouvements de jeunesse... Cette propagande exhibe à l’écran les corps musclés de la jeunesse, symbole d’une France revivifiée, revirilisée, et légitime de ce fait les bienfaits de la politique menée par Pétain. Il s’agit de promouvoir l’entreprise de régénération des corps en montrant aux Français comment la jeunesse française en s’adonnant aux sports prépare activement l’avenir du pays. Dans cette perspective, le sport sert à imposer dans l’opinion publique les décisions politiques. C’est le cas par exemple pour le STO en février 1943. Vivement critiqué par l’ensemble des Français, les actualités louent ses avantages en montrant aux spectateurs des matchs de football ou des compétitions sportives entre travailleurs français et étrangers. En exposant aux yeux des Français un STO où règne convivialité, distraction, joie, ces films occultent complètement le contexte rudimentaire, autoritaire et disciplinaire dans lequel vivent les travailleurs français.

Conclusion

Lorsque sonne la Libération, l’heure est à l’épuration. Comme toutes les institutions vichystes, le CGEGS doit rendre des comptes. Premiers concernés, ses deux commissaires. Arrêté en novembre 1942 par les Allemands pour ses positions germanophobes, Borotra est emprisonné jusqu’en 1945, il ne fait donc l’objet d’aucune poursuite de la part de la Haute Cour. Nous le retrouvons, paradoxalement, entre 1962 à 1964, à la tête des travaux de la commission de la Doctrine du Sport mise en place par le ministre Maurice Herzog sous le gouvernement De Gaulle ! Il devient président d’honneur de la Fédération Française de Tennis et président de la Fédération Internationale de Tennis (1960-1961). Le cas de Joseph Pascot est plus lourd. Il est traduit devant la Haute Cour de justice pour avoir envoyé, en mai 1943, une délégation des sports à Berlin pour équiper les Français du STO. Pour ces faits mais également pour ses prises de position en faveur de Laval et de la collaboration, il est condamné le 25 mai 1948 à cinq années de dégradation nationale. Or cette peine est relevée pour faits de résistance ! Ces exemples illustrent, d’une part, l’impunité dont ont bénéficié les dirigeants sportifs car la majorité du personnel n’a jamais été inquiétée. Et d’autre part, cela témoigne de la continuité historique du mouvement sportif entre l’avant-guerre, Vichy et la Libération. Cette amnésie envers l’administration sportive vichyste s’explique notamment par le caractère technique et non politique de ses dirigeants et, dans une certaine mesure, par la dimension pragmatique des choix politiques qui ont présidé ultérieurement aux destinées du sport et de l’EP (jusque dans les années soixante, alors que M. Herzog confie à Borotra la mission de présider la Commission d’Essai de doctrine du sport) : des cadres compétents, biens formés sur lesquels les services administratifs des régimes politiques de la IVe puis de la très gaullienne Ve République naissante ont pu s’appuyer pour élaborer leurs propres doctrines.

Ainsi, paradoxalement, dans l’esprit des nouveaux responsables de la France, le sport demeure une pratique apolitique : vision qui semble assez invraisemblable au vu de l’instrumentalisation politique qu’en a fait Vichy. De fait, le pétainisme, au même titre que le fascisme ou le nazisme, a très bien compris qu’à travers le sport, il pouvait intervenir plus facilement sur les consciences et donc endoctriner la population. Par l’intermédiaire des pratiques physiques et sportives, Vichy a donc tenté de « pétainiser » l’opinion publique française c'est-à-dire la faire adhérer aux préceptes vichystes définis dans la Révolution nationale. Toutefois, malgré toute l’importance donnée par Vichy à la pratique sportive, celle-ci s’est heurtée aux réalités quotidiennes de la guerre : restrictions, répression, sous-alimentation, réquisitions, contrecarrant la bonne marche des compétitions. Au final, l’entreprise de « pétainisation » des corps et des esprits par le sport s’avère un échec.

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Notes

[i] Philippe Pétain, « L’Education Nationale », in Les Cahiers de Politique Nationale,n° 2,Institut des Etudes Américaines du Comité France Amérique, décembre 1940.

[ii] Philippe Pétain, message du 10 octobre 1940.

[iii] Garrigues, 2012.

[iv] Discours de Pierre Gerlier, archevêque de Lyon, 19 novembre 1940, archives du Mémorial de Caen, FQ72.

[v] Jean-Pierre Azéma définit l’idéologie de la Révolution nationale autour de sept points : le rejet de l’individualisme, le refus de l’égalitarisme, le nationalisme fermé, le rassemblement national, la défiance à l’égard de l’industrialisme, l’anti-intellectualisme et le refus du libéralisme culturel. Jean-Pierre Azéma, « Vichy », in Michel Winock (dir.), Histoire de l’extrême droite en France, Seuil, Paris, 1993, p. 199.

[vi]La Petite Gironde, 23 juillet 1940.

[vii] Voir par exemple : Philippe Tissié, L’éducation physique et la race : santé – travail – longévité, Paris, Flammarion, 1919.

[viii] Revue Education Générale et Sportive,  janvier-avril 1942, AN,Jeunesse et Sport, F44/113.

[ix] Précisons que Pétain connait les bienfaits de la pratique physique sur les hommes. C’est lui en effet lorsqu’il devient Général en chef des Armées en 1917 qui décide de mettre à l’honneur la pratique des sports pour améliorer le moral et le bien-être des troupes. Cf. Arnaud Waquet, « Le football des poilus : analyse de la diffusion du football dans l’armée française au cours de la Grande Guerre », in Stadion, 2010, 36, 33-53. Pétain s’exprime sur sa propre pratique en 1942 : « J’ai pratiqué la plupart des sports de base. Tenez quand j’étais jeune lieutenant, je traversais à la nage la rade de Villefranche/mer dans la longueur soit 2,5 kms. J’aimais aussi beaucoup faire des assauts à l’épée ». Revue Les jeudis du Maréchal, 1942, Service Historique Armée de Terre (SHAT), 2P55.

[x] Jean Borotra (1898-1994). Polytechnicien et champion de tennis, il occupe le poste de commissaire général du 13 juillet 1940 au 18 avril 1942. En novembre 1942, il est arrêté par les Allemands et emprisonné jusqu’en 1945.

[xi] Militaire et ancien international de rugby, Joseph Pascot (1897-1974) est appelé par Borotra en septembre 1940 comme chef du service des sports en zone non occupée. En avril 1942, il remplace Borotra à la tête du CGEGS.

[xii] Jean-Louis Gay-Lescot Sport et Education sous vichy (1940/1944), Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1991, p. 130.

[xiii]Revue trimestrielle du CGEGS, n°1, janvier-mars 1942, AN,Jeunesse et Sport, F44/113.

[xiv] Le Cercle Fustel de Coulanges est fondé en 1928. Il regroupe des intellectuels, des militaires (Lyautey, Weygand), des enseignants sympathisants de l’Action Française de Maurras. Ces hommes militent contre l’idéologie de l’école publique, contre le syndicat national des instituteurs et contre la démocratie. Ils revendiquent une école nationale et patriotique basée sur l’enseignement des traditions. Abel Bonnard, ministre de l’Education nationale d’avril 1942 à aout 1944 est membre de cette organisation.

[xv] Circulaire du 18 novembre 1940, Bulletin de l’instruction primaire, AN, Instruction Publique, F17/13366.

[xvi]Bulletin de l’instruction primaire, 1940-1941, AN, Instruction Publique, F17/13366.

[xvii]« La sous-alimentation fait des ravages reconnus par l’Académie de Médecine parmi les enfants des écoles que l’on veut, par surcroît, astreindre à une éducation générale et physique inspirée du nazisme. Pendant ce temps, l’armée d’occupation s’empiffre de nos rations». Tract contestataire d’un groupe de dirigeants sportifs intitulé L’expérience de Borotra vue à la lumière des réalités, 1941, archives du Mémorial de Caen, FQ72.

[xviii] Jérôme Carcopino écrira dans ses Souvenirs : « Sans doute, il m'est arrivé de soutenir avec Jean Borotra des controverses assez vives, et même, si l'on veut, des accrochages, tantôt à propos de ses visées que je jugeais trop ambitieuses, et tantôt de ses horaires, que j'estimais trop chargés ».Souvenirs de sept ans : 1937-1944, Flammarion, Paris, 1953, p. 291.

[xix] Allocution du colonel Pascot à la radio, 31 décembre 1942, SHAT, 2P61.

[xx] Loi sur l’organisation de la jeunesse française, décembre 1940, AN,  Jeunesse et Sport, F44/2.

[xxi] Revue Compagnons, août 1942, AN, Ministère de l’Information, F41/214. 

[xxii] La charte de l’éducation physique et des sports dans l’armée, Bulletin d’informationsdu CGEGS, mars 1941, AN, Fond du comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, AJ72/1860.

[xxiii] AN, Les Chantiers de la Jeunesse, Textes de base : 1940-1941, AJ39/2.

[xxiv]Revue Education Générale, mars 1941, Musée national de l’Education.

[xxv] Par exemple, l’Ecole des Chefs de Maisons de jeunes de Chamarge, l’Ecole nationale des cadres féminins d’Ecully, l’école nationale de la Chapelle-en-Serval. Voir Les Cahiers d’Uriage, n° 29, mars 1942, p. 35.

[xxvi] L’Ecole d’Uriage est créée en décembre 1940 par le capitaine de cavalerie Pierre Dunoyer de Ségonzac. Si sa mission première est d’accueillir les futurs chefs des Chantiers de la Jeunesse, l’école organise par la suite des stages pour les cadres des divers milieux sociaux. L’équipe enseignante de grande qualité se compose de Joffre Dumazedier, de Paul-Henri Chombart, d’Hubert Beuve-Mery et d’Emmanuel Mounier. L’ambition de l’école se consacre à servir le Maréchal.  Mais son esprit d’indépendance lui attire les critiques du gouvernement qui décide de fermer l’école en décembre 1942 pour opposition à l’encontre de la politique de Pierre Laval.

[xxvii] Joffre Dumazedier, le futur sociologue des loisirs, impliqué dans l’aventure d’Uriage, évoque cette dimension à travers les Ecoles de cadres du Secrétariat à la Jeunesse qui imposent aux stagiaires une discipline impérieuse dans les moindres détails de la vie : « Sous l'impulsion du professeur Vuillemin la pratique de l'EP est très dure. Certains enfin se livrent au sport de combats et à de grands jeux virils qui tiennent à la fois des jeux scouts du cross en terrain varié et des manœuvres  militaires (…) Mais il n'importe pas moins de forger des esprits capables de gouverner leur vie. Ceci fait partie de la formation totale d'un homme efficace à plus forte raison d'un chef. (...) ».  Dumazedier, Joffre, « Education intellectuelle et action », in Les Cahiers d’Uriage, n° 29, mars 1942, pp. 27-36.

[xxviii] Entretien (1999) avec Madame le professeur Gilberte Rougier, enseignante et chercheur à l’IREP de Bordeaux dans les années quarante, titulaire dans les années soixante de l’une des deux chaires de physiologie du sport à l’IREP de Bordeaux, devenue directrice de cette institution à la suite de son maître, le professeur Fabre, lui-même premier directeur de l’IREP de Bordeaux.

[xxix] Affiche de propagande du CGEGS, 1943, BDIC.

[xxx] Cette loi stipule que « pendant un délai de 5 ans ; les communes, les départements et l’état peuvent poursuivre l’expropriation pour cause d’utilité publique des propriétés nécessaires à l’établissement de toutes installations d’éducation générale et sportive ». Journal Officiel du 4 septembre 1941.

[xxxi]Loi relative à l’organisation sportive, 20 décembre 1940, AN, Jeunesse et Sport, F44/37.

[xxxii] Signalons que Jean Borotra restera un fidèle du Maréchal comme en témoigne son poste de président de l’association pour la défense de la mémoire du maréchal Pétain entre 1976 et 1980. Cette association créée à la mort de Pétain en 1951, regroupant d’anciens membres vichystes, milita pour une révision judiciaire de son procès.

[xxxiii] L’Ouest-Eclair, 21 janvier 1941.

[xxxiv] Rapport du délégué départemental au CGEGS, Archives du Calvados, 19W5, janvier/février 1944.

[xxxv]Revivre, le Grand Magazine illustré de la Race, 1943, AN, Presse clandestine et collaborationniste, AJ78/14.

[xxxvi] Lettre de Jean Borotra, non daté, cité par Jean-Louis Gay-Lescot.

[xxxvii] La propagande politique est entendue ici comme l’emploi de techniques d’influence par un gouvernement, un parti en vue d’influencer l’opinion, de modifier le comportement du public dans le but que les personnes adoptent une opinion et une conduite déterminées.

[xxxviii]Le Miroir des Sports, 12 mai 1941.

[xxxix]Le Serment de l’athlète (1941), Les messagers du sport en Afrique du Nord (1941), La cité des muscles (1941), Le sport à l’école (1942), Le Collège national des moniteurs et athlètes d’Antibes (1943).