De l’agression caractérisée à la culture homophobe : les registres de la violence hétérosexiste dans le sport

Numéro 5 | Football et violence

VARIA - pp. 97-113

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Sylvain Ferez

Maitre de Conférences  -  Laboratoire SANTHESIH – Université de Montpellier 1
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Stéphane Héas

Maitre de Conférences HDR  -  Laboratoire Violences Identités Politiques et Sports  – Université de Rennes 2
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Les travaux concernant la « violence » dans le sport tendent souvent, au moins implicitement, à confondre des niveaux d’enregistrement et d’analyse du réel issus de disciplines différentes : criminologie, histoire, sociologie, psychologie, psychiatrie, psychanalyse, etc. Ils sont fréquemment conduits à transgresser indûment les frontières qui séparent trois domaines de recherche associés aux concepts d’agression, d’agressivité et de violence.

Le concept d’agression, issu des sciences comportementales, est « créé » par le fondateur de l’éthologie (Lorenz, 1969). Il est repris pour étudier les comportements humains suite aux travaux précurseurs d’H. Montagner et d’H. Laborit. Le concept d’agressivité renvoie à la fois au champ de la psychologie expérimentale et à l’approche psychanalytique : pour le premier, il est un trait de personnalité, c’est-à-dire une prédisposition au comportement d’agression relativement stable dans le temps qui est évaluable à l’aide d’outils psychométriques (Buss et Perry, 1992 ; Jung, 2003) ; pour la seconde, il renvoie à un fonctionnement psychique névrotique marqué par l’ambivalence. Le concept de violence est également investi à partir de deux types d’approches disciplinaires. D’un côté, certains courants de la psychanalyse étudie la violence de l’imaginaire narcissique. La « violence fondamentale » est alors définie comme un instinct primaire et défensif de survie, qui ne s’inscrit dans aucune vectorisation objectale, ni ne correspond à aucune capacité d’amour ou de haine, contrairement à l’agressivité (Bergeret, 1994). De l’autre côté, l’histoire, la science politique et la sociologie s’intéressent à la question de la légitimité de la domination et de la contrainte, notamment au travers de la notion d’autorité et de l’étude des processus de monopolisation de la violence physique légitime par l’Etat (Weber, 1971 ; Elias, 1969 ; Foucault, 1975). Bourdieu (1997) note que ce processus débouche sur une monopolisation de la violence symbolique légitime (avec l’imposition d’une langue nationale, d’unités de poids et mesures, de catégories de pensées d’Etat, etc.). Cette « violence symbolique » n’apparaît pas en tant que telle dans la mesure où elle est perçue comme légitime à la fois par celui qui la produit et celui qui la subit.

Les études de « la violence » ou « des violences » dans le sport  repèrent peu ces différents niveaux d’analyse et les méthodologies d’enquête qui y renvoient. Elles amalgament souvent des faits hétérogènes ou interprètent abusivement les données recueillies. Ainsi, il n’est pas rare que les « violences » repérées soient réduites à des agressions caractérisées, alors même que les chercheurs n’ont pas observé des comportements, mais enregistré des discours a posteriori. Ailleurs, le comportement effectivement observé est réduit à l’inverse rapidement à une composante psychologique ou un trait de personnalité (sans s’être doté des outils de recueil des données qui évaluent ces aspects).

Ces glissements et amalgames reflètent le poids de la demande sociale ou politique et les logiques d’adaptation par anticipation des chercheurs qui investissent ce terrain (Lahire, 2000). Sans tomber dans le discours social sur le dévoiement de l’éthique ou de l’esprit du sport (avec l’équation : violence-hooliganisme-argent-dopage, etc.), le souci d’intelligibilité sociale (en particulier à l’égard des commanditaires et financeurs de la recherche) favorise ici, sur le mode des stratégies d’auto-ajustement, toutes les confusions qu’implique le recours au sens commun de la violence.

En s’appuyant sur les données de plusieurs enquêtes consacrées à l’expérience homosexuelle du sport traditionnel, tentons de construire la notion d’homophobie à partir des différentes approches disciplinaires et méthodologiques présentées.

De l’agression homophobe à la culture homophobe : enjeux méthodologiques

Les enquêtes menées dans le domaine des activités physiques et sportives dissocient clairement les objets de recherche. D’un côté, l’agression et l’agressivité sont mobilisées par des approches comportementalistes et psychologiques (Coulomb et al., 1999 ; Jung, 2003 ; Obeuf et Collard, 2008 ; Rascle et al., 2000, 2005)[i]. De l’autre, des travaux en sciences sociales saisissent la violence à partir des processus de discrimination et de stigmatisation racistes (Bodin et al., 2007), sexistes (Bailette, Liotard, 1999), homophobes (Ferez, 2007 ; Liotard, 2008) ou morphologiques comme les « situations de handicap » (Marcellini, 2005 ; Stiker, 1997).

Rares sont les tentatives d’articuler les trois niveaux, en repérant clairement les enjeux théoriques et méthodologiques du passage des uns aux autres. Pire, en dépit de l’inscription dans des cadres théoriques renvoyant à des objets précis, il n’est pas rare que quelques glissements et confusions s’opèrent. L’enjeu est ici d’éclairer une articulation théorique, et les enjeux méthodologiques qui l’accompagne, au regard de plusieurs enquêtes empiriques menées sur la question de l’homophobie dans le sport.

L’homophobie sportive est étudiée sur la base des structures idéologiques de l’hétérosexisme, via les discours sociaux et les images sur l’homosexualité diffusés par les médias (Harris, Clayton, 2002 ; Lippe, 2002 ; Messner et al., 2003). D’autres travaux l’envisage à partir des trajectoires individuelles et du vécu d’exclusion des personnes homosexuelles dans les contextes sportifs classiques (Anderson, 2002 ; Gough, 2007 ; Mennesson et Clément, 2003 ; Plummer, 2006). Enfin, une dernière catégorie de travaux s’intéressent au développement d’organisations sportives ouvertement « gays et lesbiennes » (Davidson, 2006 ; Elling et al., 2003 ; Elling, 2005 ; Price, Parker, 2003),  et qui se donnent comme principal objectif de « lutter contre l’homophobie dans le sport » (Ferez et al., 2006 ; Ferez, 2005, 2007, 2008 ; Le Pogam et al, 2004 ; Liotard, Ferez, 2005, 2007).

Aucun de ces travaux ne met en rapport agression homophobe, agressivité homophobe et violence homophobe, ni ne pose les questions théoriques et méthodologiques qui permettraient d’envisager cette perspective. Les dimensions comportementales, psychiques et sociales sont pourtant souvent mêlées et confondues dans les analyses proposées. L’enjeu est ici de tenter de les repérer et de voir dans quelle mesure et sous quelles conditions méthodologiques leur articulation théorique est envisageable ou non. Quatre enquêtes distinctes sont mises en perspective et discutées : une enquête par entretiens (n= 35) sur l’expérience et les trajectoires de vie des dirigeants français du sport gay et lesbien (Ferez, 2007), une enquête sur la dénonciation de l’homophobie dans le sport dans le magazine gay et lesbien Têtu (1995-2005) et deux enquêtes par questionnaires auprès de sportifs homosexuels et de scolaires : SOS Homophobie et Le Trimaran.

La première a été réalisée en lien avec la Fédération Sportive Gaie et Lesbienne (FSGL) et l’association SOS Homophobie. Le questionnaire, élaboré au cours d’échanges avec des responsables des deux organisations en 2004-2005, comportait 82 questions sur l’« expérience sportive globale » et sur l’« expérience du sport gay et lesbien » des répondants. Un échantillon de 234 sujets a répondu au questionnaire début 2005 : 168 à partir du site Internet de l’association SOS Homophobie, consécutivement à l’appel lancé par la FSGL à ses adhérents ou spontanément ; 66 lors d’une administration dans des lieux « gays et lesbiens » du quartier parisien du Marais.

L’enquête Le Trimaran compare les réponses d’élèves du secondaire de trois régions (Alsace, Aquitaine, Bretagne). Ce sont au total 3650 questionnaires qui ont été recueillis au cours de l’année 2007/2008, à la suite des spectacles itinérants de la compagnie Le Trimaran (qui a pour objectif de sensibiliser aux différentes formes de discriminations à partir de mises en scène sportives) dans le cadre de l’opération « Graine de supporter ». Le questionnaire ensuite mesure ce que les jeunes interrogés considèrent comme injustes ou intolérables sur et en dehors des terrains de sports, les insultes et comportements discriminatoires dont ils ont pu être témoins ou directement victimes (Héas, Kergoat, Ferez, 2008).

Souci d’objectivation, illusion comportementale et individualisation de la violence

Le travail réalisé en amont de la mise en place du questionnaire SOS Homophobie a révélé des écarts de vision concernant la notion d’homophobie. Pour les responsables de SOS Homophobie, et dans une moindre mesure pour ceux de la FSGL, l’homophobie était implicitement définie comme le passage à l’acte violent délibéré d’un individu intrinsèquement homophobe. Elle relevait donc d’une agressivité susceptible d’entraîner des agressions plus ou moins caractérisées. Il suffisait donc d’enregistrer, sur le mode de l’enquête de victimation, les agressions homophobes. Très vite pourtant, les discussions sur la réalité du monde sportif traditionnel ont conduit à prendre de la distance par rapport à cette vision première. Non pas que les agressions caractérisées n’y existent pas, mais qu’elles restent relativement exceptionnelles au regard d’actes plus diffus et moins faciles à caractériser.

Au total, 6.4% des 234 répondants affirment avoir été victimes de violences physiques, 6% de séquestration et 6% de viol en environnement sportif. L’évocation de ces atteintes corporelles, si elle est loin d’être marginale, constitue la partie la plus maigre et la plus visible devant les cas d’interdiction explicite à l’engagement dans la pratique, de refus de location ou de vente (6.4%), de refus de licence ou d’inscription (6.8%). Etre victime de vol ou de dégradation de ses affaires personnelles (5.6%) est une expérience relativement rare, mais marquante. Lorsque l’exclusion n’est pas directe, d’autres formes de pressions prennent parfois le relais avec la menace (5.6%), la diffamation (6.4%) ou l’envoi d’une lettre anonyme (6%). La multiplication et l’articulation de ces pressions peuvent produire un sentiment de harcèlement (6.4%). Le souci d’objectivation confronte donc à un continuum allant de l’exclusion directe et brutale à des formes moins aisément identifiables. Dans certains cas, aucune ambiguïté ne semble permise :

« Au collège et au lycée, mise à l’écart dans les sports collectifs ») ; « J’ai été exclu de l’Aquaboulevard, car j’ai embrassé mon copain dans la piscine...  notre comportement a été jugé irresponsable et ma carte de membre m’a été retirée... m’obligeant à payer l’abonnement pendant 6 mois encore sans pouvoir m’y rendre » ; « Mon assoce VCL a subi, il y a quelques années, un refus d’annonces publicitaires par un mensuel de voile ».

Dans la très grande majorité des cas, il faut interpréter le motif du comportement à la fois du côté du répondant (qui se présente en victime d’une agression motivée par l’homophobie) et du côté du chercheur (qui interroge plus ou moins cette position de victime). D’autant que, selon les répondants, 12% des attitudes de mise à l’écart enregistrées restent sans motif exprimé par leurs auteurs. Pour le reste, si les motifs avancés par l’agresseur sont parfois liés à l’homosexualité affirmée (8.1%) ou au fait d’être en couple homosexuel (2.1%), ils sont le plus souvent étrangers à la question homosexuelle[ii]. Les réponses ouvertes évoquent le rejet d’une attitude féminine[iii], l’inquiétude pour la réputation du lieu et la crainte sexuelle : « Un pédé, ça n’a pas à se déshabiller ni à se doucher avec les autres mecs !!! ».

Outre la caractérisation des actes, il s’agit d’identifier le statut des acteurs étiquetés et idéologisés « homophobes » par le sens commun. Sont désignés le plus souvent les coéquipiers ou coéquipières (16.7%), devant les individus isolés (11.5%), les adversaires (9.4%) et les entraîneurs (7.7%). Les personnes de l’encadrement sportif (3.8%), les supporteurs ou spectateurs (2.6%), les représentants officiels des instances sportives (1.7%) et les arbitres (0.9%) sont plus rarement mentionnés.

L’approche comportementale enregistre, en plus des auteurs, les lieux et les moments où se déroulent ces exclusions, fréquemment liés au temps même de la pratique sportive (17.5%), dans les vestiaires (10.7%), lors des déplacements sportifs (3%), ou lors des sorties dans des bars ou des discothèques (3.4%). Le gymnase, le stade et la piscine semblent des lieux plus propices à l’exclusion (7.7%) que la salle de fitness (2.1%). L’espace scolaire et universitaire est un lieu fréquent d’expérimentation de l’exclusion dans le sport (11.1%). Le travail (4.3%) et l’espace public (3.8%) sont plus souvent cités que les « services publics et l’administration » (0.8%) et les « commerces et services » (0.4%)[iv].

Après avoir caractérisé des actes, désigné des individus, et repéré les lieux ou les temps, trois grands problèmes demeurent pour objectiver l’homophobie :

  1. le répertoire des comportements ciblés grossit rapidement au contact avec la réalité, obligeant à multiplier à l’infini les catégories et sous-catégories d’enregistrement (jusqu’au point où à chaque acte correspond une catégorie singulière).
  2. l’attribution d’une ou l’autre des catégories proposées dépend d’un processus de perception qui varie selon la position des sujets.
  3. la description de l’acte caractérisé ignore le sens qu’il prend pour celui qui le commet, le point de vue « émic » (Poutrain, Héas, 2003).

Au final, les enquêtés de SOS Homophobie évoquent une mise à l’écart diffuse, qui se démarque nettement des formes d’exclusion les plus directes et brutales, un peu à la manière dont l’exclusion prononcée par les autres s’oppose à l’auto-exclusion par la dissimulation et le mensonge, vécus comme impossibilité d’afficher son orientation sexuelle[v]. Pour autant, dans de nombreux cas, loin d’être associée à un effet structurel, l’homophobie est liée aux caractéristiques individuelles, un manque d’intelligence (« il y a des cons partout ! ») ou de la basse extraction sociale (« différence de milieu social ou intellectuel »). Elle apparaît dès lors comme une explication en soi, renvoyée à une minorité d’individus censés l’incarner.

Logique culturelle et violence symbolique

La prise en compte de la dimension structurelle de la violence conduit à s’intéresser à la construction de contextes homophobes plutôt qu’à la responsabilité d’individus homophobes. Ces contextes sont en rapport avec l’ensemble des discours, des actes et des attitudes qui reproduisent quotidiennement la culture d’un lieu. De l’insulte à l’injure, de l’injure à la blague, en passant par toute une déclinaison de sous-entendus, la culture sportive produit, en pratique, le caractère impensable de l’homosexualité masculine dans le sport.

De l’insulte ciblée à l’injure collective…

L’agression physique de quelqu’un préalablement « traité de pédé » (sans connaître sa véritable orientation sexuelle) est-elle une agression homophobe s’il ne l’est pas vraiment ? Ici, le motif de l’agression n’est pas lié à l’homosexualité réelle (qui n’est en fait même pas présumée par l’agresseur), mais la désignation comme « pédé » relève, en soi, d’une agression verbale. Le motif recherché, en recourant à un terme dévalorisant, est de blesser l’individu. S’il est effectivement homosexuel, l’insulte est reçue plus vivement : « On m’a insulté plusieurs fois de pédé ». En plus d’être homophobe ou hétérosexiste, l’insulte à une coloration misogyne ou sexiste :

« Quand j’étais au collège, car j’étais très fin, les équipes de garçons me mettaient à l’écart + des insultes : sale pédé, on veut des vrais mecs dans notre équipe, etc. C’est un peu pour ça qu’aujourd’hui j’ai l’impression d’exister à travers la musculation, car je suis très musclé... je suis mieux accepté, et les hétéros sont surpris quand ils apprennent que je suis gay, ils croyaient que tous les gay étaient de grandes folles.... eh bien, non ! ».

Chez les femmes, au contraire, la féminité de l’adversaire est parfois mise en cause après une défaite[vi]. L’insulte cède alors souvent la place à la rumeur à connotation sexuelle[vii]. Mais globalement, les enquêtés traités de « pédés » en raison de leur orientation sexuelle sont plutôt rares. Un jeune dirigeant du club de softball de la FSGL engagé en championnat traditionnel souligne :

« Moi je n’avais jamais entendu… Il n’y a qu’à ce tournoi où il y a eu quelques propos un peu indécents, et les gens ont réagi. Mais c’est vrai que je n’avais jamais, moi, eu d’expérience directe. Bon, à part les "frappes de pédés", mais bon (…) Non, mais je ne sais pas si les gens se retiennent face à nous ou si… je ne sais pas, je ne peux pas dire ».

A l’inverse, les enquêtés de SOS Homophobie s’efforcent d’expliquer leur absence d’expérience de l’exclusion dans le sport. Ils mettent pour cela en avant leur niveau de pratique, leur force de caractère ou leur discrétion. De manière générale, même lorsque l’exclusion est identifiée, elle est le plus souvent renvoyée à des propos généraux et non ciblés, qui ne relèvent plus de l’insulte mais de l’injure : « J’ai entendu des réflexions désagréables sur les homos, bien que n’étant pas visé ». Lorsque l’homosexualité est cachée, ces propos injurieux sont perçus comme générateurs d’exclusion, non pas d’un individu particulier, mais du groupe désigné dans son entier. L’injure collective, si elle est moins violemment ressentie que l’insulte individuelle, n’en est pas moins blessante à la longue : « Devoir entendre des blagues salaces sur les PD, de la part d'un équipage hétéro sur un voilier, alors que mon orientation sexuelle n'était pas connue, rien de très méchant mais lourdingue et pénible à la longue ! ».

Le poids de la répétition des blagues, des injures et des sous-entendus

Goffman (1963) a pointé l’originalité des situations d’interaction où l’individu, s’il n’est pas discrédité parce qu’il est en mesure de dissimuler son stigmate, se sait néanmoins discréditable. La « sortie du placard » (coming out) des homosexuels en milieu sportif est intimement liée à la question du discrédit de l’homosexualité dans ce milieu. Il s’inscrit dans l’ensemble des menus gestes et commentaires, récurrents, qui prolifèrent au quotidien et étayent la culture sportive.

L’homophobie sportive, dans sa dimension culturelle, relève de l’évidence et de la connivence, qui fondent une exclusion implicite. Cette culture structure et organise le lien sportif, régit son mode d’intégration. Difficile d’imaginer qu’elle puisse être porteuse de violence et d’exclusion. Et pourtant, le poids de l’implicite et des jeux de regards dans la mise à l’écart et la stigmatisation est souligné. Il transforme en Outsiders des individus, et parfois des groupes affinitaires (Héas, 2005). Les répondants à SOS Homophobie pointent le caractère diffus de l’exclusion dont ils se sentent victimes : « Souvent les comportements sont implicites... les plus douloureusement ressentis n’étant pas ceux qui sont dans votre liste parce qu’ils sont indicibles : attitudes physiques, regards, etc. ».

Les motifs réels d’exclusion dans le sport correspondent davantage à leur homosexualité affirmée (11.1%) ou à leur look (10.3%), qu’ils ne l’affirment. Le rejet de la « féminité » et une culture habituée à occulter l’homosexualité seraient ainsi les « vrais » raisons de la mise à l’écart :

« Une espèce de mise à l’écart diffuse, un truc où on me regarde bizarrement. Du genre c’est bizarre que tu viennes faire du sport ici » ; « Je ne pense pas que leur attitude était dirigé contre moi ; depuis que j’affirme mon orientation, les mêmes personnes changent de sujet pour raconter leurs histoires ».

La crainte de l’homosexualité est parfois associée à un repérage diffus de l’orientation sexuelle par le look (« Mon orientation sexuelle, palpable par mon aspect, look... »), parfois liée à une sur-sexualisation de l’homosexualité : « Bien sûr, je ne peux pas regarder un autre garçon nu sans avoir d’arrières pensées (d’après eux) ». Elle est à d’autres moments plus généralement renvoyée à une « peur de la différence ». Pour certains, la défense des homosexuels (et non l’orientation homosexuelle propre) est désignée à l’origine de la mise à l’écart. Parfois, un lien est établi avec la défaite ou l’échec sportif qui motiverait davantage l’attitude d’exclusion que l’homosexualité  elle-même. La mise en avant de l’homosexualité serait alors un moyen de régler des comptes qui n’ont rien avoir avec elle[viii].

L’ensemble des dirigeants du sport gay et lesbien interrogés ont fréquenté des clubs sportifs traditionnels. Tous soulignent le sentiment d’exclusion généré par la culture ambiante. Outre les blagues homophobes et les « pédés » lancés aux adversaires, c’est la construction d’une hétéro-socialité ne prenant pas en compte la possibilité même de l’homosexualité qui est pointée. Non seulement leur homosexualité était gardée secrète, mais elle ne pouvait être imaginée par les autres, présupposant leur hétérosexualité, tout au plus, s’étonnaient-ils de leur célibat ou de l’absence de leur conjoint lors des temps de convivialité associative (fêtes, repas, etc.) en dépit d’invitations réitérées.

Souvent, l’abandon du sport traditionnel est justifié par le retrait progressif de ces temps de sociabilité obligeant au reniement d’une part trop importante de leur identité, entrainant mauvaise conscience et mensonge. Dans ce cadre, lorsque Greg apprend l’existence d’un club de volley-ball gay et lesbien, il est d’emblée séduit. Outre le fait de devoir voiler son homosexualité, il supporte de moins en moins bien l’ambiance dans son équipe. Il trouve en effet ses coéquipiers terriblement beaufs et ne tire aucun plaisir de leurs blagues, ni des discussions avec eux. C’est en définitive l’ensemble de la sociabilité sportive hétérosexuelle dans les équipes de sports collectifs adultes, avec des hommes mariés, qui lui semble inintéressante et fermée aux individus possédant des styles de vie hors normes :

« C’est vrai que t’arrives à un certain âge, à 30 ans, où tu joues avec des jeunes, avec des hommes mariés (…) Si t’es célibataire, sans enfant, si t’as une vie hors normes, tu t’apercevras que beaucoup d’hétérosexuels rentrent dans la norme extrêmement vite, et que si t’es pas dans la norme t’as pas de discussions, quoi. Si t’as pas la petite varicelle, tu sais, du dernier à discuter, tu vas voir que la discussion entre hétéros est très, très lassante ».

Aurélien explique pour sa part les motifs qui l’ont conduit à créer un club de plongée gay et lesbien en 1999. Il était fatigué de se sentir obligé de se cacher lors des croisières qu’il faisait avec son ami pour s’adonner à leur passion. Ils s’interdisaient notamment, contrairement aux couples hétérosexuels, de s’embrasser publiquement avant de plonger, habitude classique chez les plongeurs, associée à la légère appréhension suscitée par le risque lié à l’activité.

L’impensable articulation du sport et de l’homosexualité

La difficile articulation entre sport et homosexualité est repérable lors de l’enquête Le Trimaran. A la question « Sport et homosexualité vont-ils ensemble ? », 44.0% des 3650 élèves du secondaire interrogés répondent : « oui, cela ne change rien ». Ils ne sont toutefois pas majoritaires.

 

Nombre

Fréquence

Non réponse

116

3,2%

non pas du tout

772

21,2%

non pas vraiment

183

5,0%

oui, pourquoi pas

535

14,7%

oui, cela ne change rien

1605

44,0%

ne sais pas

439

12,0%

TOTAL.

3650

100%

Enquête Le Trimaran, réponse à la question « Sport et homosexualité vont-ils ensemble ? »

On peut en outre s’interroger sur la valeur de la dimension déclarative au regard de l’effectivité des mécanismes culturels repérés en environnements sportifs. L’enquête SOS Homophobie permet ainsi, à partir du point de vue de sportifs ou de sportives homosexuels, de prendre la mesure de l’ampleur du masquage de l’homosexualité sportive. Sur les 85% avec une expérience du monde sportif traditionnel, 40.6% déclarent n’y avoir rencontré aucun autre sportif ou sportive ouvertement homosexuels. Lorsqu’ils en ont connus, c’est le plus souvent moins de cinq (17.9%), même si 6.8% en ont connu entre cinq et dix, et 13.2% plus de dix. 14.1% des sujets disent par ailleurs penser avoir croisé des homosexuels qui n’assumaient pas ouvertement leur sexualité. Aucun ne fournit cependant de précisions sur les éléments l’amenant à croire qu’ils l’étaient.

A propos de la gestion de leur propre homosexualité dans le sport traditionnel, 33.8% des sujets prétendent avoir cherché à donner des signes de leur homosexualité, alors que 51.3% affirment ne pas l’avoir fait. Ses signes passent le plus souvent par des allusions discrètes, l’humour ou les sous-entendus (20.5%). Si la présentation d’un ou de plusieurs partenaires sexuels est le second mode de dévoilement cité (10.7%), les signes confidentiels, prudents et discrets sont donc globalement plus fréquents que les signes directs et collectifs. L’invitation chez soi sans masquer les aspects extérieurs de son lien à l’homosexualité (9%) et la déclaration explicite mais confidentielle de celle-ci (9.8%) sont privilégiés sur la déclaration explicite et collective (7.7%) ou sur l’affirmation publique de ses préférences (3.4%).

39.7% des sujets interrogés ne répondent pas à la question du nombre de personnes à qui ces signes ont été adressés. 20.1% d’entre eux déclarent n’avoir adressé de signes à personne, 7.7% à une ou deux personnes, 10.3% à deux à cinq personnes, 6.8% à cinq à dix personnes et 15.4% à plus de dix personnes. Les signes sont dans tous les cas plus volontiers donnés à des proches qu’à des collectifs. Les individus  jouent parfois sur plusieurs registres : « J’ai clairement évoqué mon homosexualité à une personne, j’ai été dans l’allusion pour quelques personnes, entre 2 et 4 ».

Les réticences au dévoilement de l’homosexualité articulent différentes logiques : la mise à distance à l’égard du militantisme, la défense d’un droit à la vie privée et à l’indifférence, la discrétion, l’incertitude, la crainte et la peur, et quelques fois le refus de voir se répéter des expériences négatives. Certains défendent la possibilité de séparer deux sphères d’existence (la sexualité et le sport) qu’ils considèrent comme indépendantes l’une de l’autre. Leurs arguments s’articulent ailleurs sur une prise de distance à l’égard de ce qui serait une attitude militante[ix]. Parfois le double refus de donner des signes de son homosexualité ou de s’en cacher est clairement affirmé. Il s’agit de ne pas mettre la sexualité en avant, ni comme revendication, ni comme argument. Certains se mettent, ainsi, spontanément à distance de l’attitude militante consistant à « donner des signes » ou à « s’afficher », une attitude qui selon eux, se démarque, voire s’oppose, à un investissement sportif de loisir :

« Parce que je ne vois pas l’intérêt de m’afficher dans un club traditionnel, j’y vais pour le sport, pas pour militer. Je fais aussi du sport en club gay et je sépare les deux activités sportives. Dans la vie de tous les jours, mon travail, la fac, je ne cache rien, tout le monde est au courant et je ne subis aucune discrimination ».

D’autres évoquent un désir de « discrétion », une absence de « besoin » de s’afficher, sans néanmoins chercher à se « cacher ». Ici, la question de l’affichage, ou non, de son orientation sexuelle s’exprime en termes de « besoin »[x]. La discrétion ou la dissimulation de sa sexualité en milieu sportif est également associée par certains à un passé où le dévoilement de sa sexualité était synonyme de peur et de crainte. La possibilité de s’afficher est ici considérée au sein d’un schéma d’évolution amenant, avec le temps, à « s’assumer » et à « s’affirmer ». Alors que certains considèrent ce processus de maturation personnelle achevé, d’autres se situent dans une position intermédiaire entre la dissimulation totale des débuts et une affirmation plus claire sans doute à venir. Ces oscillations induisent un déboussolage : « J’étais perdu entre le sentiment d’être différent des autres, et la volonté de l’être ; mais aussi la volonté d’être comme eux ».

Outre les motifs individuels (droit à la vie privée, à la différence, étape de maturation personnelle), le fait de donner (ou pas) des signes de son homosexualité est associé à des facteurs contextuels. Un grand nombre de réponses évoque l’importance du contexte. Soit que celui-ci ne justifie pas l’affichage de sa sexualité : « Dans un milieu traditionnel, il y a pas besoin de le crier sur les toits ! ». Soit qu’il est perçu comme hostile à l’homosexualité et que son dévoilement génère des craintes. Dans certains cas, le contexte du sport traditionnel paraît parfois plus périlleux que le contexte familial, justifiant l’absence d’affichage dans le premier, alors que l’homosexualité est en partie assumée dans le second :

« Mes amis sont au courant de mon homosexualité et une partie de ma famille. Mais dans le domaine du sport hétéro, je n’en ai pas parlé : je n’ai pas eu envie que mes performances bonnes ou mauvaises (car je suis assez maladroit) soient mises sur le compte de mon homosexualité ».

Ici, la réaction des autres acteurs du monde sportif est crainte, ils n’inspirent pas confiance[xi]. L’appréhension est parfois liée au sentiment de donner une image négative de soi-même en rendant publique son homosexualité (« peur de décevoir »), parfois en rapport avec la peur d’être incompris, moqué, rejeté, renvoyé à l’anormalité. Le choix du silence se donne alors d’abord comme un gage de sécurité et de tranquillité, une manière d’éviter les problèmes[xii]. Si la crainte trouve le plus souvent sa source dans des expectations négatives, il arrive aussi qu’elle soit le produit d’expériences vécues. Un tel évoque les réactions désobligeantes dont il avait été victime auparavant, un autre son rejet lorsque, par souci de transparence, il a signalé sa « transidentité ».

Des réponses soulignent, enfin, le poids contextuel en fonction des types de structures sportives, des lieux géographiques et des activités sportives considérées. Un espace de stratégies plus ou moins conscientes se dessine. Il conduit souvent à l’éloignement des sports marqué par une forte emprise collective au profit de cadre de pratiques plus solitaires et anonymes.

Violence hétérosexiste du sport et espaces stratégiques

L’homophobie, comme le racisme ou le sexisme, est un enjeu de lutte entre les agents sociaux. Une manière pour eux de défendre leurs intérêts, leurs visions du monde, bref de s’assurer des droits et de les faire valoir. L’étiquette de raciste, sexiste ou homophobe revient, dans ce cadre, à peu près au même que de considérer quelqu’un comme noir, femme ou homosexuel. Il s’agit d’interpréter ses actes soit à l’aune d’un être viscéral (biologique) ou d’un trait de personnalité profondément enraciné (il est homophobe, il est raciste, il est sexiste, etc.), soit au regard d’un système idéologique qui les organiserait explicitement. Cette vision de sens commun hante tout travail théorique sur l’homophobie. Dans le même temps, un certain « bon sens » méthodologique tend à faire du recours aux enquêtes de victimisation un outil d’enregistrement et de mesure des actes agressions.

Les données présentées visent à sortir de cette double ornière. D’une part en rappelant que derrière la figure de l’Homophobe, la culture hétérosexiste des environnements sportifs (comme lieux de socialisation à l’évidence de l’hétérosexualité) produit la violence homophobe comme une réalité structurelle. D’autre part en s’intéressant à l’espace stratégique ouvert par la question de se constituer ou non en victime. Ce processus n’a pas été présenté ici. Evidemment, les deux aspects ne sont pas dissociés. L’espace stratégique et les logiques de victimation s’étendent à mesure que s’estompe la contrainte hétérosexiste. L’homophobie n’est finalement jamais aussi forte que lorsque la culture proscrit la possibilité même de se constituer en victime. Être exclu, c’est alors être fortement incliné à faire le choix stratégique de s’exclure ou d’exclure une part de soi qui n’est pas bienvenue dans espace social considéré. Dans le sport, la violence hétérosexiste ne se réduit ni à une somme de comportements d’agression (homophobes), ni au simple effet d’une structure psychologique partagée (marquée par l’ambivalence d’objet sexuel ou comme trait de personnalité). Elle correspond à une réalité culturelle qui oriente l’agressivité et peut générer/favoriser, dans certains cas, des comportements d’agression.

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Notes

[i] Richard Pfister fut l’initiateur des études sur les comportements d’agression dans le sport collectifs, reprenant les théories de Berkowitz (théorie de la frustration-agression) et de Bandura (théorie de l’apprentissage social) pour distinguer des agressions hostiles (liée à la frustration) et instrumentale (visant à obtenir quelque chose).

[ii] Dans 11.1% des cas ils sont associés au comportement, dans 6.8% au look, dans 6.8% à la contre-performance, dans 4.7% à la performance, dans 3% aux propos tenus et dans 1.3% à la nationalité ou à l’origine ethnique.

[iii] « J’étais un garçon un peu à l’écart, mais aussi très affectif, sensible, et pas du tout agressif ».

[iv] Trois répondants signalent que l’exclusion peut également avoir lieu « en match officiels », par « téléphone », ou lors de « propos retransmis par des tiers ».

[v] « D’être pris pour un hétéro et de devoir mentir sur ma vie… », « J’ai toujours caché mon homosexualité dans les clubs hétéros donc... », « Non, car la seule fois ou j’ai fait du sport en groupe d’hétéros depuis que je suis adulte, c’est pendant mon service militaire (…) Mon homosexualité n’était pas connue. Mais il y avait aussi des sportifs hétéros qui me soutenaient beaucoup pour que je progresse ».

[vi] « En étant dans une équipe lesbienne en softball en championnat régulier contre une équipe hétéro très jeune après avoir été battu leur réaction a été "ce sont même pas des femmes". Dans le même cadre de championnat que ce soit en filles-garçons ou mixte nous avons eu avec un club (M. le B.) des problèmes de rumeurs ».

[vii] « Je jouais dans une équipe avec des jeunes filles (parfois âgées de 15, 16 ans) et un père a lancé une rumeur comme quoi sa fille aurait eu des propositions dans notre équipe ».

[viii] « Il voulait se rendre intéressant et donner une raison autre que sportive au fait que sa fille quitte notre club ».

[ix] « Parce que cela relève de la vie privée et qu’il faut que cette question soit abordée dans la sphère où l'on évolue, sauf à adopter un comportement plus militant, ce qui n’est pas mon cas ».

[x] « Je n’ai pas éprouvé le besoin de le faire ».

[xi] « Car c’est très délicat, on ne sait pas à qui l’on a à faire » ; « Pour être tranquille, pour ne prendre le risque d’être rejeté du groupe ».

[xii] « Peur des réactions homophobes. Je préférais continuer à pratiquer mon sport tranquillement, sans avoir à craindre de quitter le club si jamais je m’affichais ouvertement. De plus, il est assez difficile de trouver un club sportif dans de bonne conditions à Paris ».